Depuis le 5 juin 2026, le Musée national de l’histoire de l’immigration, au Palais de la Porte Dorée, accueille l’exposition « Aux origines : Regards croisés sur le racisme et les discriminations ». À la croisée de l’art contemporain et de la recherche scientifique, le parcours interroge les mécanismes systémiques de l’exclusion et leurs manifestations dans les sociétés contemporaines.
PARIS – L’exposition s’ouvre dans un contexte où la question des discriminations demeure un marqueur structurant des débats sociaux et politiques contemporains. Installée au Palais de la Porte Dorée, elle propose une lecture croisée entre création artistique et production de savoirs scientifiques, afin d’examiner les logiques structurelles qui façonnent les inégalités liées à l’origine.

Une confrontation entre langage artistique et données scientifiques
Le parcours repose sur une articulation entre œuvres contemporaines et matériaux issus de la recherche en sciences sociales. Les installations, photographies et récits visuels proposés par des artistes comme les sœurs Chevalme, Patrick Zachmann, Euridice Zaituna Kala ou Hamedine Kane construisent un contre-regard sur les représentations de l’altérité et les mécanismes de stigmatisation.
L’exposition ne se limite pas à une approche illustrative. Elle met en tension les formes sensibles de l’art et des données issues du projet européen UNDETERRED, coordonné par l’Université de Bordeaux, qui analyse les inégalités structurelles touchant les jeunes adultes dans plusieurs métropoles internationales, notamment en matière de logement, d’emploi, de santé et d’éducation.
Le racisme comme système : une lecture institutionnelle et scientifique

L’un des axes majeurs du parcours consiste à déplacer le regard du phénomène individuel vers le système. Les travaux présentés s’appuient notamment sur les analyses et bases de données du Défenseur des droits, qui documente les réclamations liées aux discriminations en France et apporte un éclairage empirique sur leur persistance.
Le Conseil scientifique de l’exposition, codirigé par le démographe Patrick Simon (INED) et l’ancien Défenseur des droits Jacques Toubon, structure cette lecture en articulant approches statistiques et analyses sociologiques.
Un espace de réflexion prolongé dans le temps

Au-delà du parcours muséal, l’exposition s’inscrit dans une programmation élargie de rencontres et de débats tout au long de l’été. Plusieurs rendez-vous viennent prolonger la réflexion autour de l’écriture, de la recherche universitaire et des politiques publiques de lutte contre les discriminations.
Ces temps d’échange renforcent la dimension pédagogique du projet, qui vise autant la sensibilisation du public que l’approfondissement des connaissances sur les mécanismes de l’exclusion.
Un musée au cœur des enjeux contemporains

En accueillant cette exposition, le Palais de la Porte Dorée confirme son positionnement comme lieu de mémoire mais aussi d’analyse critique du présent. Loin d’un simple constat, le parcours propose une lecture structurée des discriminations comme phénomène systémique, inscrit dans des logiques sociales, économiques et institutionnelles.
Dans cette perspective, « Aux origines » s’impose comme une mise en dialogue entre art, science et société, où les œuvres deviennent des outils de compréhension autant que de confrontation symbolique.
La Rédaction

