Des enlèvements, tortures, violences sexuelles et avortements forcés alimentent une industrie criminelle en pleine expansion, révèle un rapport récent de l’ONU. Pour soutenir ces opérations frauduleuses, des centaines de milliers de personnes, originaires de dizaines de pays, sont contraintes de travailler dans des centres d’escroquerie en Asie du Sud‑Est, dans des conditions relevant de la traite d’êtres humains.
Une économie criminelle transnationale en pleine croissance
Ces réseaux, principalement implantés dans le bassin du Mékong, génèrent désormais des milliards de dollars chaque année. Selon le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH), ce système structuré et transnational transforme les victimes en arnaqueurs forcés : attirés par de fausses offres d’emploi, ils sont kidnappés et enfermés dans des complexes sécurisés, où ils doivent mener des opérations frauduleuses allant de l’usurpation d’identité aux escroqueries sentimentales, en passant par l’extorsion ou la fraude financière.
Le chef des droits humains de l’ONU, Volker Türk, déclare : « La litanie des abus est stupéfiante et en même temps déchirante. » Le HCDH estime qu’au moins 300 000 personnes de 66 pays seraient impliquées sous contrainte dans ce réseau mondial.
Le Mékong, plaque tournante de la fraude
Portée par l’essor des cryptomonnaies et de la finance numérique, cette économie illégale générerait jusqu’à 64 milliards de dollars par an, dont plus de 68 % concentrés dans le bassin du Mékong. Les enquêtes situent près des trois quarts des centres d’escroquerie dans cette région, avec des ramifications vers le Pacifique, l’Asie du Sud, les États du Golfe, l’Afrique de l’Ouest et les Amériques.
Le rapport documente des cas de traite entre 2021 et 2025, concernant des centres frauduleux au Cambodge, Laos, Myanmar, Philippines et Émirats arabes unis, sur la base de témoignages recueillis dans neuf pays.
Violence, coercition et terreur organisée
Certains survivants décrivent des complexes clos comparables à des villes fortifiées, équipées de barbelés et surveillées par des agents armés. Une victime sri-lankaise raconte les « prisons d’eau », des conteneurs où les travailleurs étaient plongés pendant des heures en cas de non‑atteinte des objectifs.
D’autres ont été forcés d’assister à des sévices ou d’y participer, et les tentatives de fuite se sont parfois soldées par la mort. Les gangs pratiquent également le chantage via appels vidéo aux familles pour obtenir des rançons, accentuant la terreur et la coercition.
Une réponse internationale jugée urgente
Au-delà des violences physiques, le rapport met en lumière l’exploitation financière systématique, avec des salaires partiels, des pénalités arbitraires et des transferts forcés vers des centres encore plus violents. Un témoin thaïlandais rapporte des objectifs quotidiens de 9 500 dollars sous peine de sanctions.
Volker Türk insiste : « Les victimes ont besoin d’opérations de sauvetage coordonnées, rapides et sécurisées, ainsi que de mécanismes de soutien pour la réadaptation après la torture et les traumatismes, et pour se protéger contre les représailles ou un nouveau trafic. »
L’ONU appelle les États à coopérer pour lutter contre la corruption, poursuivre les réseaux criminels et garantir l’action sans entrave des ONG et des médias. Sans une réponse collective renforcée, l’expansion de ces centres d’escroquerie risque de s’accélérer.
Le rapport révèle un système criminel global et organisé, où les arnaques en ligne servent de façade à une traite humaine massive. La communauté internationale est appelée à agir rapidement et de manière coordonnée pour protéger les victimes et démanteler ces réseaux, sous peine de voir cette industrie criminelle continuer à prospérer.
La Rédaction

