Un an après l’arrivée au pouvoir de Javier Milei, Human Rights Watch (HRW) tire la sonnette d’alarme : l’Argentine traverse une phase préoccupante sur le plan des droits fondamentaux. Dans un rapport publié depuis Buenos Aires, l’organisation internationale dresse un bilan critique des premiers mois de gouvernance libertarienne, marqués par une austérité budgétaire brutale et une remise en cause des protections sociales et démocratiques.
Austérité sociale, droits à l’épreuve
Au centre des critiques figure le plan de rigueur mis en œuvre par le gouvernement. HRW souligne que les coupes budgétaires ont frappé de plein fouet les programmes d’assistance aux plus vulnérables. Les aides destinées aux malades du cancer, aux personnes handicapées ou encore les filets sociaux pour les familles précaires ont subi des réductions drastiques. Ce choix budgétaire, motivé par la volonté de rétablir les comptes publics, a selon l’organisation des conséquences directes sur l’accès aux droits fondamentaux.
Si le gouvernement a réussi à juguler partiellement l’hyperinflation – passant de 211,4 % en 2023 à 117,8 % fin 2024 –, la pauvreté a explosé dans le même temps, touchant plus de la moitié de la population (52,9 %) et laissant 18,1 % des Argentins dans une situation d’indigence.
Liberté d’expression et justice dans la tourmente
Autre motif de préoccupation : la mise en œuvre du “Protocole antipiquetes”, une mesure du ministère de la Sécurité qui, selon HRW, criminalise les manifestations dès lors qu’elles perturbent la circulation. Cette approche sécuritaire renforce les pouvoirs de la police pour disperser les protestataires, au détriment du droit de manifester.
Dans le même temps, le gouvernement a retardé plusieurs nominations clés au sein du pouvoir judiciaire, notamment à la Cour suprême et au poste de procureur général. Une manière, selon l’ONG, d’affaiblir les contre-pouvoirs dans un pays où l’indépendance de la justice reste un pilier fragile.
Une rhétorique jugée toxique envers la presse et les minorités
Le rapport ne se limite pas à la sphère institutionnelle. Il dénonce une escalade verbale de la part de Milei et de ses ministres contre les journalistes et les médias. Des propos visant également les personnes LGBTQ+, avec des prises de position hostiles au mariage pour tous, à la reconnaissance des identités de genre ou encore à l’éducation sexuelle dans les écoles. Cette rhétorique, qualifiée de “hostile” par HRW, fragilise davantage un climat social déjà tendu.
Un isolement diplomatique en toile de fond
Enfin, HRW pointe l’attitude du gouvernement argentin sur la scène internationale. En rupture avec les lignes diplomatiques précédentes, l’exécutif de Milei s’est opposé à plusieurs résolutions liées à l’Agenda 2030 des Nations unies, notamment celles traitant de l’inégalité et du climat. Il a également menacé d’expulser des diplomates dont les positions divergeraient de celles du président, un geste lourd de conséquences dans un contexte mondial incertain.
En creux, le rapport dresse le portrait d’un pays en transition brutale, où la volonté de rompre avec les modèles passés s’accompagne d’une fragilisation des droits et des protections fondamentales. Reste à savoir si cette trajectoire pourra être corrigée sans renier les promesses économiques qui ont porté Milei au pouvoir.
La Rédaction

