Des feux d’artifice illuminent la baie de Beyrouth, des chansons des années 1960 s’élèvent dans l’air tiède, et l’hôtel mythique Saint-Georges reprend des couleurs. Comme un mirage entre passé glorieux et chaos récent, le Liban tente de redonner vie à son secteur touristique — jadis fleuron de l’économie nationale — pour panser ses plaies et relancer une machine économique paralysée depuis 2019.
Une stratégie ciblée : reconquérir les touristes du Golfe
Beyrouth mise désormais sur le retour des visiteurs fortunés venus des Émirats arabes unis, du Koweït ou encore d’Arabie saoudite. Longtemps absents en raison des tensions géopolitiques, ces vacanciers reviennent, attirés par une certaine accalmie politique et les charmes éternels de la Méditerranée. Les plages sont prises d’assaut, les hôtels affichent complet, et les compagnies aériennes sont saturées. Un vent d’optimisme souffle, même s’il reste fragile.
La ministre du Tourisme, Laura Khazen Lahoud, ne cache pas son enthousiasme : « Nous sommes encore en mai, et déjà nos hôtels sont pleins. Les agences de voyages n’ont plus de places, les avions sont bondés. » Elle en appelle toutefois à des mesures concrètes : levée des interdictions, réformes institutionnelles, et surtout, le retour de la confiance, à la fois locale et régionale.
Une relance dans un pays exsangue
Avec une livre libanaise ayant perdu 90 % de sa valeur et une inflation qui étrangle la population — dont la moitié vit aujourd’hui sous le seuil de pauvreté — l’enjeu dépasse le simple tourisme de loisirs. Il s’agit d’une tentative de sauvetage national. Avant la crise, le tourisme représentait près de 20 % du PIB libanais.
Dans ce paysage marqué par les ruines économiques, les jet-skis sur la mer turquoise font figure de symbole de résilience. « Ces vibrations nous avaient manqué », confie Lea, propriétaire d’une maison d’hôtes à Batroun. « On sent un frémissement, un espoir. »
Conditions politiques : l’équation incontournable
Mais ce renouveau reste suspendu à une question centrale : celle du Hezbollah. Tant que la milice pro-iranienne reste armée, la stabilité demeure incertaine. Le gouvernement souhaite ouvrir une nouvelle ère, en renouant notamment avec l’Arabie saoudite et les autres puissances du Golfe. Ce virage politique, s’il est effectivement engagé, pourrait constituer un levier puissant pour réactiver les flux touristiques et attirer les investissements.
Reste à savoir si le Liban parviendra à concilier ambitions économiques et réalités politiques, dans un pays où chaque avancée semble fragile.
La Rédaction

