Près de 2 000 ans après leur fabrication, ces sandales en cuir exceptionnellement grandes remettent en question les idées reçues sur la taille et l’origine des légionnaires stationnés le long du mur d’Hadrien.
Au nord de l’Angleterre, sur le site antique de Magna, une découverte inattendue intrigue les archéologues : huit chaussures en cuir romaines d’une taille hors norme, correspondant à des pointures modernes 48 à 49. Cette concentration inhabituelle d’articles aussi grands contraste fortement avec les trouvailles réalisées sur d’autres sites romains britanniques, notamment le célèbre fort voisin de Vindolanda. Ces sandales, parfaitement conservées dans des fossés autrefois saturés d’eau, posent une énigme captivante : les soldats et habitants de Magna auraient-ils été exceptionnellement grands ? Ou s’agissait-il d’un groupe aux origines spécifiques, aux caractéristiques physiques distinctes ?
Cette découverte invite à revisiter la diversité humaine au sein des troupes romaines et à reconsidérer les profils physiques des hommes chargés de défendre la frontière la plus septentrionale de l’Empire.
Des chaussures hors normes retrouvées dans un contexte exceptionnel
Les huit chaussures en cuir ont été déterrées dans les fossés défensifs du fort de Magna, situés dans le comté du Northumberland. Ces fossés servaient non seulement à la protection militaire, mais aussi de dépotoirs, offrant un environnement pauvre en oxygène favorable à la conservation des matières organiques comme le cuir.
Le plus grand spécimen mesure 32,6 centimètres, soit l’équivalent d’une pointure 14 au Royaume-Uni, ou 16 aux États-Unis — une taille rare dans le monde antique. Pour comparaison, la chaussure romaine classique mesurait entre 24 et 26 centimètres, correspondant à une pointure 7 ou 8 moderne. Ce contraste est d’autant plus frappant qu’au fort voisin de Vindolanda, sur plus de 3 700 chaussures mesurées, seulement 0,4 % dépassaient les 30 centimètres. À Magna, cette proportion atteint 25 %.
Quelles hypothèses sur la stature des soldats ?
Rachel Frame, archéologue principale du projet, souligne que ces grandes chaussures suggèrent des porteurs potentiellement plus grands que la moyenne. « Nous devons supposer que les personnes vivant ici avaient de grands pieds, donc peut-être une stature plus imposante, mais nous n’en savons pas encore assez », explique-t-elle.
Les chercheurs se demandent aussi si cette particularité peut être liée à l’origine géographique ou culturelle des soldats. Le mur d’Hadrien a accueilli des légionnaires venus de tout l’Empire romain, qui s’étendait alors de l’Afrique du Nord jusqu’à la Grande-Bretagne. Peut-être que certaines unités regroupaient des hommes aux caractéristiques physiques spécifiques, par exemple originaires de régions où la taille moyenne était plus élevée.
Elizabeth Greene, experte en chaussures anciennes à l’Université Western (Ontario), insiste sur la singularité de ce phénomène : « Même si notre échantillon est limité, il est clair que Magna diffère nettement de Vindolanda. Cela témoigne d’une diversité importante dans les populations stationnées le long du mur d’Hadrien. »
Une nouvelle perspective sur la diversité romaine
Cette découverte est d’autant plus importante qu’elle remet en question les visions stéréotypées des soldats romains, souvent perçus comme uniformes en taille et apparence. Andrew Birley, directeur des fouilles à la Vindolanda Charitable Trust, rappelle que « ces données archéologiques nous montrent que les populations de l’armée romaine étaient loin d’être homogènes ».
L’étude de ces chaussures, combinée à l’analyse des restes humains et des autres artefacts, pourrait enrichir la compréhension des différences physiques, culturelles et ethniques au sein des troupes impériales.
La découverte des chaussures géantes à Magna ouvre une nouvelle fenêtre sur la vie des soldats romains au mur d’Hadrien, soulignant la diversité des hommes qui ont vécu et combattu dans cette région frontalière de l’Empire. Alors que les fouilles continuent, ces objets inattendus invitent à repenser la mosaïque humaine qui composait l’armée romaine, en tenant compte de ses variations physiques et culturelles.
La Rédaction

