La forêt amazonienne brésilienne enregistre l’un de ses signaux les plus encourageants depuis une décennie. Entre août 2025 et juillet 2026, les alertes de déforestation ont fortement reculé, confirmant une tendance engagée depuis le retour de Luiz Inácio Lula da Silva au pouvoir. Une amélioration spectaculaire, mais encore fragile face aux pressions agricoles, minières et énergétiques qui continuent de peser sur le plus grand massif tropical de la planète.
Les satellites brésiliens témoignent d’un changement de trajectoire. Selon les données du système DETER de l’Institut national de recherches spatiales (INPE), environ 2 874 km² de forêt ont fait l’objet d’alertes de déforestation entre août 2025 et juillet 2026. La baisse atteint environ 37 % par rapport aux douze mois précédents et ramène les alertes à leur niveau le plus faible depuis le lancement de la série actuelle, il y a une dizaine d’années.
Ces données ne constituent pas encore le taux annuel définitif de déforestation. Celui-ci est établi par un autre système de l’INPE, PRODES, à partir d’une cartographie plus précise. DETER sert avant tout à repérer rapidement les zones de destruction afin d’orienter les opérations de contrôle. La tendance qu’il dessine n’en demeure pas moins significative.
Le tournant des années Lula
Depuis son retour à la présidence en janvier 2023, Lula a fait de la protection de l’Amazonie l’un des marqueurs de son gouvernement, avec l’objectif d’éliminer la déforestation illégale d’ici à 2030.
Les contrôles environnementaux ont été renforcés, tandis que les opérations contre l’exploitation forestière et minière clandestine ont repris. Le gouvernement a également durci certaines conditions d’accès au financement pour les exploitations agricoles liées à des zones récemment déboisées.
Le contraste avec les années précédentes est important. Sous la présidence de Jair Bolsonaro, la destruction de l’Amazonie avait fortement progressé, dépassant à nouveau les 10 000 km² annuels. Depuis 2023, la tendance s’est inversée. Les résultats brésiliens ont également contribué au recul de la perte des forêts tropicales primaires observé à l’échelle mondiale en 2025.
Une victoire encore réversible
Pour Brasilia, ces résultats confortent l’idée qu’une politique publique plus volontariste peut freiner rapidement la destruction forestière. Ils ne signifient cependant pas que l’Amazonie soit désormais à l’abri.
L’élevage, l’agriculture, l’exploitation minière clandestine, les incendies et l’ouverture de nouvelles infrastructures continuent d’exercer une forte pression sur la forêt. Les épisodes de sécheresse extrême liés au changement climatique ajoutent une menace supplémentaire sur des écosystèmes déjà fragilisés.
Surtout, la politique environnementale du gouvernement brésilien reste traversée par une contradiction majeure : tout en promettant de protéger l’Amazonie, le Brésil poursuit ses ambitions pétrolières. Petrobras a notamment engagé des opérations d’exploration dans le bassin de Foz do Amazonas, au large de la côte nord du pays. Un forage y a été interrompu en janvier 2026 après une fuite de fluide synthétique, avant que l’autorité brésilienne du pétrole n’impose des conditions à sa reprise.
L’Amazonie comme test
La chute actuelle de la déforestation constitue donc un résultat majeur, mais pas encore une victoire définitive. L’enjeu pour le Brésil sera désormais de maintenir cette trajectoire pendant plusieurs années et de démontrer que la protection de la forêt peut résister aux changements politiques comme aux intérêts économiques qui s’y affrontent.
Pour Lula, qui s’est engagé à parvenir à zéro déforestation illégale en 2030, les prochains kilomètres carrés épargnés compteront autant que ceux déjà sauvés. Après avoir réussi à inverser la courbe, le défi est désormais plus difficile : empêcher qu’elle ne reparte dans l’autre sens.
La Rédaction
Sources : Institut national de recherches spatiales du Brésil (INPE) ; Reuters ; Global Forest Watch.

