Les élections législatives allemandes du 23 février 2025 marquent un tournant politique majeur. La CDU/CSU de Friedrich Merz arrive en tête avec près de 30 % des voix, confirmant le retour en force des conservateurs après l’effondrement de la coalition menée par Olaf Scholz. Mais la véritable surprise vient de l’Alternative für Deutschland (AfD), qui atteint 19,5 %, un record historique. Pendant ce temps, le Parti social-démocrate (SPD) du chancelier sortant subit un revers cinglant avec seulement 16 % des suffrages.
Une Allemagne en crise : récession et fragilité économique
Ces résultats traduisent un profond malaise économique et social. L’Allemagne, autrefois locomotive de l’Europe, traverse sa deuxième année consécutive de récession. Plusieurs facteurs expliquent cette situation préoccupante :
• Coût de l’énergie : La fin des importations de gaz russe a considérablement renchéri les prix de l’énergie, pesant sur l’industrie allemande.
• Compétitivité en berne : La Chine, longtemps l’un des principaux partenaires commerciaux de l’Allemagne, a réduit sa demande de produits manufacturés allemands, tandis que les États-Unis menacent d’augmenter les droits de douane.
• Crise du secteur automobile : Face à la montée en puissance des véhicules électriques chinois et aux restrictions environnementales, les constructeurs allemands peinent à maintenir leur avance.
• Budget sous pression : La politique d’austérité imposée par le frein à l’endettement (« Schuldenbremse ») limite la capacité du gouvernement à investir massivement pour relancer la croissance.
Dans ce contexte, la colère des électeurs s’est exprimée dans les urnes. L’AfD a capitalisé sur cette frustration en promettant une politique économique plus protectionniste et un retour à une énergie bon marché.
Un climat politique sous tension
Outre la crise économique, le climat sécuritaire a pesé sur la campagne. L’Allemagne a été secouée par plusieurs attaques meurtrières ces dernières semaines, ravivant les débats sur l’immigration et la sécurité. Ces événements ont renforcé le vote conservateur et d’extrême droite.
Par ailleurs, la campagne a été marquée par des ingérences inédites. Washington a pesé dans le débat, notamment par l’intermédiaire du vice-président JD Vance et d’Elon Musk, un proche conseiller de Donald Trump, qui ont ouvertement soutenu l’AfD. Parallèlement, des campagnes de désinformation russes ont cherché à influencer l’opinion publique.
Une coalition difficile à former
Avec ce résultat, Friedrich Merz devra nouer des alliances pour gouverner. L’AfD, malgré sa percée, reste isolé, les autres partis refusant de collaborer avec lui. Une coalition entre la CDU/CSU, les libéraux du FDP et les Verts pourrait être envisagée, mais les désaccords sur la politique économique et énergétique compliquent la tâche.
Dans un contexte international incertain et une économie fragilisée, l’Allemagne entre dans une période de turbulences politiques. L’issue des négociations de coalition sera déterminante pour l’avenir du pays.
La Rédaction

