Réunis le 26 mars en assemblée plénière à Lourdes, les évêques de France ont adopté à une très large majorité un nouveau dispositif destiné à encadrer la reconnaissance et la réparation des violences sexuelles commises au sein de l’Église lorsque les victimes étaient mineures. Baptisé « Renaître », ce mécanisme marque une étape de transition majeure dans la politique ecclésiale de prise en charge des victimes, en appelant à succéder, à partir du 1er septembre 2026, à l’Instance nationale indépendante de reconnaissance et de réparation (Inirr), dont le mandat arrive à échéance.
Pensé comme un dispositif pérenne, « Renaître » s’inscrit dans la volonté affichée de prolonger et de structurer dans la durée le travail entamé ces dernières années autour de la reconnaissance des souffrances, de l’écoute des victimes et de leur accompagnement vers des démarches dites restauratives. L’ambition portée par les évêques est d’installer un cadre stable, capable de dépasser les logiques temporaires des dispositifs précédents, tout en consolidant les acquis méthodologiques et humains issus de l’expérience de l’Inirr et des cellules diocésaines d’accueil.
Le fonctionnement du dispositif repose sur une organisation articulée entre échelon local et coordination nationale. Les cellules diocésaines d’écoute, placées sous l’autorité des évêques, conserveront leur rôle de premier accueil et d’orientation des victimes. Elles seront complétées par des équipes d’accompagnants réparties sur le territoire, dont la coordination sera assurée par une instance nationale indépendante. Cette dernière aura pour mission de garantir l’impartialité des procédures, l’homogénéité des pratiques et l’équité dans le traitement des situations individuelles.
Une attention particulière est également portée à la gouvernance du dispositif. Un groupe composé de personnes victimes sera associé à l’élaboration des référentiels et des contenus de formation des accompagnants. Cette présence vise à intégrer l’expérience vécue au cœur même de la construction du dispositif, afin d’éviter une approche exclusivement institutionnelle du processus de réparation.
Sur le plan financier, « Renaître » introduit un mécanisme structuré reposant sur un fonds dédié alimenté par une cotisation obligatoire des diocèses. Ce financement devra également soutenir les activités du Tribunal pénal canonique national, tout en permettant la mise en œuvre des mesures de réparation. Une participation financière des victimes pourra, dans certains cas et uniquement à leur demande explicite, être intégrée dans leur parcours de restauration, selon une grille d’évaluation définie par l’instance indépendante, en lien avec les évêques.
Ce nouveau dispositif s’inscrit dans un ensemble plus large de mesures déjà engagées par l’Église de France, qui inclut notamment les politiques de prévention, les mécanismes de suivi des auteurs, ainsi que la structuration progressive d’instances judiciaires internes spécialisées. Avec « Renaître », l’institution entend affirmer une volonté de continuité et de structuration, dans un contexte où la question des violences sexuelles demeure un enjeu majeur de confiance, de responsabilité et de crédibilité.
La Rédaction

