Depuis que la France a officiellement reconnu, en juillet dernier, la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental, les relations avec l’Algérie se sont envenimées. Dernier épisode en date : des accusations d’espionnage portées par Alger contre Paris, marquées par une rhétorique mêlant soupçons et surenchère politique.
Une accusation spectaculaire
Le 7 décembre, la chaîne publique algérienne AL24 News a relayé le témoignage d’un Algérien de 35 ans présenté comme un ancien djihadiste repenti. Selon ses dires, il aurait été recruté en 2022 par la DGSE, les services de renseignement français, pour infiltrer des groupes armés dans la région sahélienne. L’objectif initial aurait évolué vers une tentative de recruter des sympathisants du djihad en Algérie afin d’organiser des actions déstabilisatrices contre le régime algérien.
Cependant, ce récit, dépourvu de preuves tangibles, repose sur des déclarations difficilement vérifiables. L’homme affirme avoir immédiatement alerté les autorités algériennes. Ces dernières n’ont pas tardé à politiser l’affaire, en y voyant une opportunité pour raviver le sentiment nationaliste et détourner l’attention des difficultés internes.
Une escalade diplomatique
L’affaire a pris une tournure officielle le 12 décembre, lorsque l’ambassadeur de France en Algérie, Stéphane Romatet, a été convoqué par le ministère algérien des Affaires étrangères. Il lui a été reproché une supposée implication de diplomates et agents français dans des réunions secrètes visant à nuire aux institutions algériennes.
Ce geste s’inscrit dans une série de mesures de rétorsion depuis que Paris a exprimé son soutien au plan marocain pour le Sahara occidental. Cette décision a été perçue comme une “trahison” par Alger, qui soutient fermement le Front Polisario dans son combat pour l’indépendance de cette région disputée.
L’ombre du nationalisme
Ces tensions s’inscrivent dans une stratégie plus large du régime algérien, qui mise sur un discours nationaliste exacerbé pour détourner l’attention des problèmes économiques et des restrictions des libertés publiques. Les critiques contre la France, ancienne puissance coloniale, sont régulièrement instrumentalisées pour maintenir la cohésion nationale et légitimer le pouvoir.
Une réponse culturelle muselée
Les tensions entre Alger et Paris s’étendent désormais au domaine culturel. L’écrivain franco-algérien Kamel Daoud, lauréat du Goncourt pour son roman Houris, a été la cible d’une campagne de dénigrement en Algérie, accusé de manquer de loyauté envers son pays d’origine. Peu après, Boualem Sansal, autre figure littéraire et opposant notoire, a été arrêté à Alger pour “atteinte à la sûreté de l’État”. À 75 ans, il demeure détenu dans des conditions opaques, renforçant les inquiétudes sur les dérives autoritaires du régime.
Une crise loin d’être résolue
La reconnaissance française du Sahara occidental par Emmanuel Macron a ouvert une fracture durable entre Paris et Alger. Alors que la tension monte, cette affaire d’espionnage pourrait être le symptôme d’une stratégie politique où les griefs historiques et les rivalités régionales prennent le pas sur une véritable coopération. Une issue apaisée semble encore hors d’atteinte.
La Rédaction

