À Dalwak, dans la région des Savanes, un projet énergétique inédit s’apprête à faire jaillir bien plus qu’une source d’électricité. Ce mardi 22 avril 2025, le Togo posera la première pierre de la centrale solaire de Dapaong, marquant une rupture symbolique et concrète : celle d’un pays qui éclaire enfin ses marges, en conjuguant innovation technologique, inclusion sociale et affirmation nationale.
Une renaissance solaire dans une région trop longtemps laissée pour compte
Située dans la partie la plus septentrionale du Togo, la localité de Dalwak fait partie de ces territoires que l’Histoire a souvent laissés dans l’ombre. Peu électrifiées, vulnérables aux tensions régionales, les Savanes incarnent à la fois la fragilité et la promesse. C’est ici que l’État togolais a choisi d’implanter une centrale photovoltaïque d’une puissance de 25 mégawatts-crête (MWc), accompagnée d’un système de stockage de 40 mégawattheures (MWh). Un investissement énergétique, mais surtout un geste politique.
Prévue pour alimenter en électricité près de 60 localités rurales, la centrale représente un basculement attendu : du gasoil coûteux à l’énergie solaire durable, du noir prolongé à une lumière continue, de l’abandon à l’attention.
Technologie au service du quotidien : stocker le soleil pour prolonger la vie
L’une des innovations majeures de cette infrastructure réside dans son système de stockage. Dans une région où le réseau électrique est fragile et l’ensoleillement capricieux en soirée, la possibilité de conserver l’énergie produite durant la journée est une révolution silencieuse. Grâce à ce dispositif, la lumière ne dépendra plus uniquement du ciel, mais aussi de la capacité à prévoir et à distribuer, à toute heure.
Cette approche ouvre la voie à un modèle plus résilient et plus équitable, notamment dans les écoles, les centres de santé ou les activités économiques naissantes. L’électricité devient un levier de développement intégré, et non plus un luxe réservé aux grandes villes.
Une date, un symbole : l’indépendance retrouvée dans les rayons du soleil
Le lancement officiel de la centrale s’inscrit dans le cadre des festivités du 65ᵉ anniversaire de l’indépendance du Togo. Le hasard du calendrier n’en est pas un. Car au-delà de la commémoration, il s’agit bien d’une autre forme d’indépendance que vise Lomé : celle qui consiste à produire sa propre énergie, à s’émanciper des importations coûteuses, à se projeter dans un avenir où chaque citoyen, quel que soit son lieu de naissance, a droit à la lumière.
Le projet s’inscrit également dans le cadre du Programme d’urgence pour la région des Savanes (PURS) et bénéficie du soutien financier de la Banque mondiale à travers le Projet régional d’intervention urgente dans le secteur de l’énergie solaire (RESPITE). Montant global : 40 milliards de FCFA. Derrière les chiffres, une volonté affirmée : faire du Nord un terrain d’innovation et de reconstruction.
Un pari assumé, une vision en marche
Porter le taux d’accès à l’électricité à 75 % d’ici fin 2025 n’est plus une simple ambition : c’est une trajectoire que l’État togolais assume pleinement. À Dalwak, il ne s’agit pas d’un test, mais d’une démonstration. En plaçant une centrale solaire au cœur d’une région longtemps marginalisée, le Togo affirme que les périphéries peuvent devenir les moteurs d’un développement équitable. Ce chantier n’est pas un symbole isolé : il s’inscrit dans une stratégie nationale déterminée à conjuguer justice territoriale, innovation énergétique et souveraineté retrouvée. Là où l’oubli dominait, l’État fait désormais le choix durable de la lumière.
À l’heure où le soleil se lève sur Dalwak, c’est tout un pays qui semble vouloir rallumer l’étincelle de la justice territoriale, au nom de la lumière, de l’avenir et d’un peuple qu’on ne veut plus laisser dans le noir.
La Rédaction

