Les tambours de la grande célébration ne résonneront pas cette année à Notsè. Mais Agbogboza ne disparaîtra pas pour autant. Tandis que le peuple éwé poursuit le deuil d’Ewéfiaga Togbui Agokoli IV, les réjouissances publiques cèdent la place au seul rituel accompli sur les murailles d’Agbogbodzi. Un choix qui rappelle qu’avant d’être un rassemblement populaire, cette fête demeure un acte de mémoire, de transmission et de fidélité aux ancêtres.
Habituellement, Agbogboza réunit à Notsè les communautés éwé du Togo, de la diaspora et des pays voisins. Les cérémonies traditionnelles y côtoient les rencontres familiales, les expressions artistiques et les manifestations populaires qui font de la cité historique un point de ralliement culturel majeur.
En 2026, cette dimension festive sera suspendue. Seule la phase rituelle prévue le jeudi 3 septembre sur les murailles d’Agbogbodzi sera maintenue, conformément aux usages de la communauté.
Cette sobriété s’inscrit dans la période de deuil ouverte après la disparition, en février, d’Ewéfiaga Togbui Boniface Fafanyo Kossi Agboli Agokoli IV. Le souverain, également chef du canton de Notsè et président du Conseil national des chefs traditionnels, a été inhumé en juin après 35 années de règne.
Le rite demeure quand le spectacle s’efface
La décision ne signifie pas qu’Agbogboza est entièrement annulée. Elle établit une distinction fondamentale entre la fête visible, ouverte aux foules, et son socle rituel.
Le maintien de la cérémonie sur les murailles d’Agbogbodzi traduit la continuité d’une obligation symbolique qui ne dépend ni de l’affluence ni de l’ampleur des festivités. Même dans le deuil, la communauté conserve le lien avec son histoire et les épisodes fondateurs associés à Notsè.
En suspendant les réjouissances, les responsables traditionnels choisissent ainsi de placer le recueillement au-dessus du spectacle. La tradition ne se montre plus avec la même intensité, mais elle continue de s’accomplir.
Une autre manière de transmettre
Cette édition réduite à son expression rituelle pourrait aussi rappeler aux nouvelles générations que les fêtes traditionnelles ne sont pas de simples rendez-vous touristiques ou culturels.
Elles portent une mémoire collective, des règles et une conception du temps communautaire. Le silence, le retrait et le respect du deuil peuvent, à ce titre, transmettre autant que les danses, les chants et les grands rassemblements.
Agbogboza 2026 restera donc singulière. Elle ne sera pas marquée par la foule habituelle, mais par la force d’une continuité préservée dans la retenue. La fête publique s’interrompt pour une année ; la mémoire, elle, poursuit son chemin.
La Rédaction

