En augmentant la part des denrées produites au Togo dans les repas servis à l’école, les pouvoirs publics veulent rapprocher politique éducative et production agricole, avec un double objectif : mieux nourrir les élèves et créer des débouchés plus réguliers pour les petits producteurs.
Une cantine scolaire ne sert pas seulement à remplir une assiette. À l’échelle de plusieurs dizaines de milliers d’élèves, elle peut aussi devenir un acheteur important pour l’agriculture nationale. C’est cette logique que le gouvernement entend désormais renforcer en donnant davantage de place aux produits locaux dans les repas servis à l’école.
Le ministre de l’Éducation nationale, Mama Omorou, a notamment annoncé une plus grande présence de produits du terroir, dont plusieurs préparations à base d’igname. Derrière la diversification des menus, l’enjeu est plus large : faire en sorte qu’une partie de la dépense consacrée à l’alimentation scolaire irrigue aussi les économies rurales.
Quand la commande scolaire crée un marché
Pour un petit producteur, disposer d’un débouché régulier peut être aussi important que produire davantage. Les cantines scolaires ont précisément cette particularité : elles génèrent une demande récurrente, relativement prévisible et concentrée sur des produits alimentaires de base.
Si les achats sont structurés localement, ils peuvent offrir des perspectives aux producteurs de riz, de maïs, de légumes, d’igname ou d’autres denrées consommées dans les écoles. La restauration scolaire cesse alors d’être seulement une politique sociale pour devenir aussi un instrument économique.
Le potentiel est d’autant plus important que le dispositif continue de s’étendre. Dans la région des Savanes, le nombre d’élèves bénéficiant d’un repas chaud est passé de 56 651 en 2024 à 67 215 en 2025, soit une progression proche de 19 %. La même année, 34 893 bénéficiaires étaient recensés dans la Kara et 21 712 dans la région Maritime.
À cette échelle, l’approvisionnement des cantines représente des volumes suffisamment importants pour influencer l’organisation de certaines filières locales.
Produire local ne suffit pas
Transformer ce potentiel en véritable débouché suppose cependant davantage que de privilégier les produits togolais sur le papier. Les écoles ont besoin d’un approvisionnement régulier, de quantités suffisantes et de produits répondant à des exigences sanitaires constantes.
Le défi porte donc aussi sur la structuration de l’offre. Les petits producteurs doivent pouvoir se regrouper, anticiper les besoins, respecter des calendriers de livraison et acheminer les denrées jusqu’aux établissements. La conservation et la transformation deviennent également importantes pour certains produits fortement saisonniers.
C’est ici que l’articulation entre politique agricole et alimentation scolaire prend tout son sens. Une commande publique stable peut encourager la production, mais son efficacité dépendra de la capacité des filières locales à satisfaire durablement cette demande.
L’école au cœur d’une chaîne de valeur locale
L’objectif initial des cantines demeure éducatif et social. Encadrée par la loi depuis 2020, l’alimentation scolaire vise notamment à améliorer la fréquentation et à réduire les abandons, particulièrement dans les zones vulnérables. Le programme bénéficie aussi d’un accompagnement du Groupe de la Banque mondiale.
L’introduction accrue de productions locales ajoute désormais une dimension territoriale à cette politique. Les repas servis aux élèves peuvent contribuer simultanément à la nutrition, à la présence à l’école et à l’activité économique des zones qui les approvisionnent.
La réussite de cette orientation se mesurera donc moins au nombre de plats d’igname ajoutés aux menus qu’à la solidité des circuits créés autour des cantines. Si producteurs, transformateurs et écoles parviennent à fonctionner dans une même chaîne d’approvisionnement, chaque assiette pourra générer un double effet : nourrir l’élève et donner un débouché à l’agriculture togolaise.
La Rédaction

