La Cour constitutionnelle annule le vote parlementaire qui avait protégé le président sud-africain en 2022
Nouvelle secousse politique en Afrique du Sud. La Cour constitutionnelle sud-africaine a invalidé la décision du Parlement qui avait empêché, en 2022, l’ouverture d’une procédure de destitution contre le président Cyril Ramaphosa dans le cadre du scandale dit de « Phala Phala ».
Cette décision judiciaire ravive l’une des affaires les plus sensibles du mandat présidentiel de Ramaphosa et ouvre une nouvelle période d’incertitude politique à quelques mois des élections municipales prévues en novembre.
Au cœur du dossier : le vol, en 2020, de plusieurs centaines de milliers de dollars en espèces dans la ferme privée Phala Phala, propriété du chef de l’État dans la province du Limpopo. Le président est accusé par ses adversaires d’avoir dissimulé ce cambriolage aux autorités policières et fiscales, ainsi que d’avoir géré l’affaire en dehors des procédures officielles.
En 2022, une commission indépendante mandatée par le Parlement avait estimé que Cyril Ramaphosa« aurait pu commettre » des violations graves de la Constitution et du code éthique présidentiel. Malgré ces conclusions, la majorité parlementaire de l’ANC avait rejeté l’ouverture d’une procédure de destitution.
Vendredi, la Cour constitutionnelle a jugé ce vote « contraire à la Constitution », ordonnant la transmission du rapport à une commission parlementaire chargée d’examiner la possibilité d’une destitution présidentielle.
Une victoire politique pour Julius Malema et l’EFF
Cette décision intervient après un recours introduit par le parti d’opposition radical Economic Freedom Fighters (EFF), dirigé par Julius Malema.
À la sortie de l’audience, le dirigeant de l’EFF a salué « une victoire de la Constitution », estimant que le président sud-africain devra désormais répondre à « des questions très dures et approfondies ».
L’affaire fragilise davantage un pouvoir déjà confronté à une érosion historique de son influence. Lors des élections générales de 2024, l’ANC a perdu sa majorité absolue pour la première fois depuis la fin de l’apartheid, contraignant le parti à gouverner au sein d’une coalition complexe.
Cette nouvelle configuration parlementaire pourrait modifier l’équilibre politique autour d’une éventuelle procédure de destitution. Contrairement à 2022, l’ANC ne contrôle plus seul l’Assemblée nationale.
Une coalition gouvernementale sous tension
L’Alliance démocratique (DA), principal partenaire de coalition du pouvoir, a annoncé qu’elle participerait aux travaux de la future commission parlementaire sans exclure aucune option.
Son dirigeant, Geordin Hill-Lewis, a affirmé que personne « ne devait être placé au-dessus de l’obligation de rendre des comptes », dans une déclaration interprétée comme un avertissement direct au président.
De son côté, la présidence sud-africaine a indiqué avoir « pris acte » du jugement, tout en réaffirmant que Cyril Ramaphosa respectait les institutions judiciaires et niait toute malversation.
Le chef de l’État soutient que l’argent volé provenait de la vente légale de buffles à un homme d’affaires soudanais et affirme que la somme dérobée était bien inférieure aux montants évoqués par ses accusateurs.
Le scandale Phala Phala continue de hanter la présidence
Révélée en 2022 par un ancien responsable des services de renseignement, l’affaire Phala Phala est rapidement devenue un symbole des contradictions du mandat Ramaphosa.
Arrivé au pouvoir avec la promesse de restaurer l’intégrité de l’État après les années Jacob Zuma, le président sud-africain voit désormais son propre nom associé à des accusations d’opacité, de dissimulation et d’abus de pouvoir.
Même si le parquet a abandonné en 2024 les accusations de corruption et de blanchiment visant le président, le dossier reste politiquement explosif. La relance d’une procédure parlementaire pourrait raviver les fractures internes de l’ANC et offrir un nouveau terrain d’attaque à l’opposition.
Dans un contexte marqué par la défiance sociale, les difficultés économiques et la montée des critiques contre la gouvernance du pouvoir, cette décision judiciaire risque de transformer l’affaire Phala Phala en crise politique majeure pour la présidence sud-africaine.
La Rédaction

