Longtemps restée en retrait dans la production industrielle de terres rares, l’Afrique pourrait bientôt retrouver une place sur l’un des marchés les plus convoités de la planète. Du Malawi à l’Angola, en passant par la Tanzanie et l’Afrique du Sud, plusieurs projets miniers prennent forme au moment où les grandes puissances cherchent à diversifier leurs sources d’approvisionnement en minerais critiques, largement dominées par la Chine.
Le Malawi ouvre la voie
Le projet Kangankunde, au Malawi, marque une étape importante dans cette ambition. Développé par la société australienne Lindian Resources, il a récemment lancé ses premières opérations d’extraction après un premier tir de mine réussi. L’entreprise prévoit un démarrage de la production industrielle d’ici à la fin de l’année 2026.
Avec une capacité annoncée pouvant atteindre 20 000 tonnes de concentré par an, Kangankunde pourrait devenir la première grande mine africaine de terres rares mise en service depuis l’arrêt de l’exploitation de Gakara, au Burundi, en 2021.
Au-delà du seul Malawi, cette mise en production symbolise le retour progressif du continent sur un segment devenu essentiel pour les technologies de pointe.
Des ressources devenues incontournables
Les terres rares regroupent dix-sept éléments indispensables à la fabrication d’aimants permanents utilisés dans les véhicules électriques, les éoliennes, les semi-conducteurs, les smartphones ou encore les équipements de défense.
La transition énergétique et la révolution numérique ont considérablement renforcé leur importance stratégique. Or, cette chaîne d’approvisionnement demeure très largement contrôlée par la Chine, qui assure près de 70 % de la production mondiale et conserve une position dominante dans les activités de raffinage et de transformation.
Les États-Unis, l’Australie, la Birmanie et l’Inde figurent parmi les autres producteurs, mais restent loin derrière le géant asiatique.
Une nouvelle carte minière africaine
Le Malawi n’est pas un cas isolé. Plusieurs autres projets sont appelés à entrer en production dans les prochaines années.
L’Angola développe notamment le projet Longonjo, tandis que la Tanzanie mise sur le gisement de Ngualla et que l’Afrique du Sud poursuit le développement de Phalaborwa. Madagascar et le Nigeria disposent également de ressources identifiées, même si leur contribution demeure encore limitée.
Selon les estimations de Benchmark Mineral Intelligence, huit nouvelles mines pourraient entrer en activité en Afrique avant la fin de la décennie. Elles permettraient au continent de représenter près de 9 % de l’approvisionnement mondial en terres rares à l’horizon 2029. D’autres analyses, notamment celles de Fitch Solutions, anticipent une progression continue de cette part au cours de la prochaine décennie.
Une opportunité dans la recomposition mondiale
Cette montée en puissance intervient dans un contexte de profondes recompositions géopolitiques. Les grandes économies cherchent désormais à réduire leur dépendance à l’égard de la Chine pour les minerais critiques, considérés comme essentiels à leur souveraineté industrielle.
Les pays du G7 ont affiché leur volonté de diversifier leurs chaînes d’approvisionnement, ouvrant ainsi de nouvelles perspectives aux producteurs africains. Les États-Unis, l’Union européenne, l’Australie et d’autres partenaires multiplient déjà les initiatives pour sécuriser l’accès à ces ressources, tandis que Pékin conserve des intérêts dans plusieurs projets miniers du continent.
L’Afrique se retrouve ainsi au cœur d’une compétition internationale où les enjeux économiques se mêlent aux considérations industrielles, technologiques et stratégiques.
Transformer la richesse minérale en valeur ajoutée
Pour les pays africains, le défi dépasse désormais la seule extraction des minerais. Plusieurs gouvernements souhaitent développer des capacités locales de transformation afin de capter une plus grande part de la valeur créée par cette industrie.
L’objectif est de ne plus se limiter à l’exportation de matières premières, mais de favoriser l’émergence d’un tissu industriel capable de créer des emplois, de développer des compétences et de renforcer les recettes nationales.
Si les projets actuellement engagés aboutissent, le continent pourrait devenir, dans les prochaines années, l’un des nouveaux pôles d’approvisionnement en minerais stratégiques. Sans remettre en cause la domination chinoise à court terme, cette montée en puissance contribuerait à redessiner une partie de la géographie mondiale des ressources critiques.
La Rédaction

