Le CORAF mise sur une nouvelle stratégie décennale pour transformer l’agriculture en outil de santé publique
Dans un contexte où l’Afrique de l’Ouest et du Centre continue de conjuguer abondance agricole potentielle et fragilités nutritionnelles persistantes, la question de la malnutrition s’impose comme un défi structurel majeur. Malgré des décennies d’investissements dans la production vivrière et les politiques de sécurité alimentaire, la sous-région demeure confrontée à des formes multiples de carences nutritionnelles, touchant aussi bien les zones rurales que les centres urbains.
Face à ce paradoxe, le Conseil ouest et centre africain pour la recherche et le développement agricoles entend repositionner la recherche agricole au cœur de la réponse. L’institution régionale veut désormais dépasser la seule logique de rendement pour intégrer pleinement les enjeux de qualité nutritionnelle dans les systèmes agricoles.
Une agriculture qui ne nourrit pas seulement en quantité, mais en qualité
Si l’agriculture reste le principal vecteur d’alimentation des populations, les experts rappellent que la question ne se limite plus à produire davantage, mais à produire mieux. La composition nutritionnelle des aliments dépend directement des variétés cultivées, des techniques agricoles utilisées et des choix de politiques publiques en matière de recherche et d’innovation.
C’est dans cette perspective que le CORAF développe une stratégie régionale dite « d’agriculture sensible à la nutrition », destinée à guider les instituts nationaux de recherche agricole. L’objectif est d’intégrer systématiquement la dimension nutritionnelle dans la conception des technologies agricoles, afin de répondre à la fois aux déficits en micronutriments, aux formes de malnutrition liées aux carences et aux problèmes croissants de suralimentation.
Une stratégie régionale sur dix ans pour transformer les systèmes de recherche
Selon le CORAF, cette approche s’inscrit dans une planification de long terme couvrant la période 2026-2035, complétée par un premier plan opérationnel de cinq ans. L’ambition est de structurer un véritable écosystème de recherche orienté vers l’impact nutritionnel.
Dr Caroline Makamto Sobgui, experte senior en transfert de technologies au sein de l’institution, souligne la nécessité d’un changement d’échelle dans la manière d’aborder la recherche agricole : les instituts ne doivent plus uniquement produire des innovations agronomiques, mais des solutions capables de répondre directement aux enjeux de santé publique.
Innover, former et diffuser : les trois piliers de l’approche CORAF
La stratégie repose sur trois axes principaux. Le premier concerne le développement de technologies agricoles intégrant les exigences nutritionnelles, afin de soutenir des systèmes alimentaires plus équilibrés et plus adaptés aux besoins des populations.
Le deuxième axe porte sur le renforcement des capacités humaines et institutionnelles des structures de recherche. L’enjeu est de doter les instituts nationaux de compétences techniques suffisantes pour concevoir, adapter et diffuser ces innovations à grande échelle.
Enfin, le troisième pilier concerne la mise à l’échelle des technologies développées. L’objectif est d’éviter que les innovations restent confinées aux laboratoires ou aux projets pilotes, en assurant leur adoption effective par les producteurs et les communautés.
Une urgence économique et sanitaire pour la région
Au-delà de l’enjeu sanitaire, la malnutrition représente également un coût économique considérable pour les États. Selon les estimations avancées par les experts du secteur, les pertes liées à ses différentes formes pourraient représenter jusqu’à 10 % du produit intérieur brut dans certains pays de la région, en raison notamment de la baisse de productivité et des dépenses de santé associées.
Dans ce contexte, la recherche agricole apparaît de plus en plus comme un investissement stratégique, capable d’agir simultanément sur la production alimentaire, la santé des populations et la performance économique.
Vers une convergence entre agriculture et santé publique
À travers cette nouvelle orientation, le CORAF cherche à inscrire durablement la recherche agricole dans une logique d’impact social élargi. L’enjeu n’est plus seulement de nourrir les populations, mais de contribuer à améliorer la qualité de leur alimentation et, par extension, leur état de santé global.
En intégrant la nutrition comme variable centrale de la recherche agricole, l’institution régionale ambitionne de faire évoluer en profondeur les systèmes alimentaires ouest et centrafricains vers un modèle plus résilient, plus équilibré et mieux adapté aux défis démographiques et sanitaires du continent.
La Rédaction

