Doté de 20 millions d’euros, soit 13,12 milliards de FCFA, le PIA-AO veut généraliser des innovations encore limitées à des expériences locales. Vingt projets ont été retenus dans douze pays, dont trois concernent directement le Togo.
Compost, bio-intrants, agroforesterie, cultures résistantes ou systèmes associant agriculture, élevage et pisciculture : les solutions agroécologiques ne manquent pas en Afrique de l’Ouest. Leur diffusion reste cependant trop limitée pour modifier durablement les conditions de production de millions d’exploitations familiales.
C’est précisément cette difficulté que veut surmonter le Projet de promotion des innovations agroécologiques en Afrique de l’Ouest (PIA-AO), lancé vendredi 4 septembre 2026 à Lomé par la CEDEAO et ses partenaires. Malgré son sigle, ce programme régional n’a aucun lien avec la Plateforme industrielle d’Adétikopé, également connue au Togo sous l’acronyme PIA.
De l’expérimentation à la diffusion
Coordonné par l’Agence régionale pour l’agriculture et l’alimentation (ARAA), le nouveau projet est financé par l’Union européenne et l’Agence française de développement. Son ambition ne consiste plus seulement à tester des pratiques agricoles alternatives, mais à identifier les solutions les plus efficaces, à les diffuser auprès d’un plus grand nombre de producteurs et à favoriser leur intégration dans les politiques publiques.
Le PIA-AO prolonge le Programme agroécologie en Afrique de l’Ouest, engagé en 2018 puis élargi à partir de 2020. Selon le bilan présenté à sa clôture en 2025, ce précédent cycle avait permis de former plus de 72 000 personnes, de produire environ 40 000 tonnes de compost et de convertir 12 350 hectares à des pratiques agroécologiques. Ces résultats ont constitué une base, mais ils n’ont pas encore suffi à provoquer une transformation générale des systèmes agricoles régionaux.
Vingt projets retenus sur 277 candidatures
Le PIA-AO dispose d’un budget global de 20 millions d’euros, soit environ 13,12 milliards de FCFA. L’appel régional à propositions avait réservé 12 millions d’euros, près de 7,87 milliards de FCFA, au financement des interventions de terrain.
La sélection témoigne d’une forte demande. L’ARAA a reçu 277 notes de projet, dont 99 ont été présélectionnées. Après l’examen de 93 propositions complètes, vingt initiatives ont finalement été retenues. Elles couvrent onze pays membres de la CEDEAO ainsi que le Niger et concernent l’agriculture, l’élevage, la foresterie, l’aquaculture, la transformation et l’accès aux marchés.
Lors du lancement, plus de 12,8 millions d’euros d’accords de subvention, environ 8,4 milliards de FCFA, ont été annoncés. Plus de 11 millions d’euros, soit 7,2 milliards de FCFA, doivent être directement dirigés vers les vingt projets. Les rapports d’exécution devront néanmoins préciser la ventilation définitive entre les interventions de terrain et les dispositifs régionaux d’accompagnement.
Trois interventions concernent le Togo
Deux projets seront exclusivement mis en œuvre au Togo. Le premier, porté par le Centre international de développement agro-pastoral, doit accompagner la transition agroécologique des exploitations. Le second, dénommé PAIGTA-Togo, prévoit de promouvoir des pratiques agropastorales intégrées ainsi qu’une gouvernance concertée des ressources dans le nord du pays.
Une troisième initiative, commune au Bénin et au Togo, sera conduite par Louvain Coopération au développement. Baptisée AGRO-CRN, elle porte sur les cultures résilientes négligées, notamment des espèces locales capables de mieux résister à la sécheresse, à l’appauvrissement des sols ou à l’irrégularité des pluies.
Cette participation ne signifie toutefois pas que les quelque 8 milliards de FCFA destinés aux projets de terrain reviennent au seul Togo. Il s’agit d’une enveloppe régionale répartie entre les vingt initiatives sélectionnées. La part précise réservée aux trois projets concernant le pays n’a pas été rendue publique.
Une promesse qui devra résister à l’épreuve du terrain
L’enjeu dépasse la protection de l’environnement. Dans une région confrontée à la dégradation des terres, à la hausse du prix des engrais, aux dérèglements climatiques et à une dépendance alimentaire persistante, l’agroécologie est présentée comme un moyen d’améliorer simultanément la production, les revenus agricoles et la résilience des communautés rurales.
Le succès du PIA-AO ne pourra cependant pas être évalué au seul nombre de formations, de bénéficiaires ou de subventions accordées. Il dépendra de l’évolution réelle des rendements et des revenus, de l’accès aux intrants organiques, de la disponibilité des débouchés commerciaux et de la capacité des producteurs à maintenir les nouvelles pratiques après la fin des financements.
En choisissant la mise à l’échelle, la CEDEAO franchit ainsi une étape plus exigeante que celle des projets pilotes. La véritable réussite se mesurera dans les exploitations familiales, lorsque les innovations financées pourront être adoptées durablement sans rester tributaires d’un accompagnement extérieur permanent.
La Rédaction

