Quatre ans après leur retour au pouvoir, les talibans plongent l’Afghanistan dans un gouffre de souffrance, de privation et de silence imposé.
Le 15 août 2025 marquera un triste anniversaire : celui des quatre ans de règne des talibans en Afghanistan. Depuis leur retour brutal au pouvoir en 2021, le pays n’a cessé de s’enfoncer dans une spirale de répression, de crises humanitaires aggravées et de violations massives des droits humains – en particulier ceux des femmes et des filles. À cela s’ajoute une vague d’expulsions massives de réfugiés, renvoyés de force depuis l’Iran, le Pakistan, et plus récemment l’Allemagne.
Les femmes et les filles : premières cibles d’un régime patriarcal
Interdiction d’école au-delà de la sixième année, universités fermées aux étudiantes, restrictions de déplacement sans chaperon masculin, interdiction d’accès à certains emplois ou services publics… La liste des interdictions imposées aux femmes s’allonge chaque année, les excluant peu à peu de la société afghane.
Le 8 juillet 2025, la Cour pénale internationale a franchi un cap inédit en émettant des mandats d’arrêt contre le chef suprême des talibans, Haibatullah Akhundzada, et le président de la Cour suprême afghane, Abdul Hakim Haqqani, pour crime contre l’humanité de persécution pour des motifs liés au genre.
Répression généralisée et loi de la peur
Le régime a mis en place des brigades de la « vertu et du vice » chargées de faire appliquer une loi de 2024 d’une sévérité extrême. Ces agents patrouillent les rues, vérifient les téléphones, interrogent les passants, imposent des règles vestimentaires strictes et arrêtent les contrevenants présumés. Écouter de la musique, ne pas porter un hijab conforme ou même travailler dans un espace mixte sont devenus des actes à haut risque.
Les journalistes, eux, sont contraints à une autocensure constante. Les médias doivent se conformer à des règles floues interdisant toute image ou contenu « contraire à l’islam », au péril de lourdes sanctions.
Une crise humanitaire hors de contrôle
Le pays est aujourd’hui l’un des pires foyers de crise humanitaire au monde. La moitié de la population – environ 23 millions de personnes – dépend de l’aide alimentaire. Mais cette aide est en chute libre. Les coupes dans les budgets de coopération internationale, notamment les retraits de fonds de l’administration Trump (qui représentait plus de 40 % de l’aide humanitaire), ont fermé plus de 400 centres de santé, supprimé des programmes éducatifs pour les femmes et augmenté les taux de malnutrition infantile.
Les conséquences sont tragiques : les femmes enceintes, les enfants malnutris, les malades chroniques sont laissés à eux-mêmes dans des zones où aucun soin n’est plus disponible.
Les expulsions massives aggravent le chaos
Au moins 1,9 million de réfugiés afghans ont été renvoyés d’Iran et du Pakistan ces douze derniers mois, souvent dans des conditions indignes. Certains vivaient hors d’Afghanistan depuis des décennies. Le 18 juillet dernier, l’Allemagne a expulsé 81 Afghans vers Kaboul, malgré les risques de persécutions.
Aux États-Unis, le gouvernement Trump a mis fin au statut de protection temporaire pour les Afghans, suspendu les admissions de réfugiés et durci le programme humanitaire de libération conditionnelle, exposant des milliers d’exilés à une expulsion imminente.
L’appel à la justice internationale
Face à l’inaction de nombreux États, une coalition d’organisations de défense des droits humains appelle de nouveau le Conseil des droits de l’homme de l’ONU à instaurer un mécanisme indépendant d’enquête et de responsabilité, capable de documenter les crimes et de préserver les preuves.
L’Union européenne est appelée à prendre l’initiative dans sa prochaine résolution de septembre.
« Les actes odieux des talibans devraient inciter les gouvernements à agir pour traduire leurs dirigeants en justice », alerte Fereshta Abbasi de Human Rights Watch. « Aucun État ne devrait renvoyer des Afghans de force. »
En cette date anniversaire, les voix se multiplient pour rappeler que la dignité humaine ne doit pas être sacrifiée sur l’autel de la diplomatie ou du repli sécuritaire. Car derrière chaque statistique se cache une vie brisée, souvent de femmes, souvent dans le silence.
La Rédaction

