Du 17 au 21 août 2026, le Kigali Convention Centre devient le centre névralgique de la gouvernance de l’eau sur le continent. En accueillant l’Africa Water & Sanitation Systems Leadership Symposium, la capitale rwandaise porte une rupture majeure : sortir de la logique fragmentée des « micro-projets » pour construire des systèmes intégrés, financés et durables. Initié par le Conseil des ministres africains chargés de l’eau (AMCOW) et le gouvernement rwandais, en partenariat avec l’organisation IRC, l’événement rassemble plus d’un millier de décideurs politiques, bailleurs de fonds et experts sectoriels.
Dépasser l’obsession de l’infrastructure neuve
Le constat est sans appel : le secteur africain de l’eau et de l’assainissement reste confronté à un paradoxe structurel. Les stratégies se multiplient, mais l’insuffisance des modèles économiques et institutionnels condamne encore trop d’infrastructures à une dégradation rapide. L’approche défendue à Kigali entend donc déplacer le centre de gravité des politiques publiques : il ne s’agit plus seulement d’inaugurer des forages, d’étendre des réseaux ou de construire de nouveaux équipements, mais de garantir la continuité et la qualité du service dans la durée.
Cette logique systémique repose sur plusieurs leviers complémentaires. La gouvernance et la régulation doivent d’abord être renforcées afin d’accroître les capacités des administrations nationales et locales. Les modèles tarifaires et les mécanismes de financement doivent ensuite permettre d’assurer l’entretien des équipements sans faire reposer leur survie sur des financements ponctuels. Enfin, la professionnalisation des opérateurs devient déterminante pour améliorer les performances techniques et financières et rendre les services plus résistants aux chocs économiques, démographiques et climatiques.
La rupture défendue à Kigali est donc autant institutionnelle que technique. Une infrastructure qui ne dispose ni d’un budget de maintenance, ni d’un opérateur performant, ni d’une gouvernance claire peut rapidement devenir un actif improductif. Le symposium cherche précisément à replacer ces questions au cœur des politiques africaines de l’eau.
Attirer les capitaux privés et poser les jalons de l’« Africa Water Vision 2063 »
Pour combler le déficit d’investissement sans dépendre exclusivement de l’aide internationale ou des financements concessionnels, les participants entendent également travailler à la création de marchés nationaux plus crédibles et plus attractifs pour les capitaux privés. L’enjeu consiste à faire émerger des écosystèmes « investissables », capables d’offrir suffisamment de visibilité réglementaire, de stabilité institutionnelle et de rentabilité pour attirer des financements de long terme.
Cette ambition s’inscrit au cœur de la future Africa Water Vision 2063, dont l’AMCOW entend poser à Kigali plusieurs jalons opérationnels. Le défi dépasse désormais largement celui du diagnostic, abondamment documenté depuis des années. Il consiste à transformer les engagements politiques en institutions capables d’exécuter, de financer et d’évaluer les politiques publiques de l’eau.
La réussite du rendez-vous de Kigali se mesurera donc moins au nombre de déclarations adoptées qu’à la capacité des États africains à faire émerger des systèmes capables de durer. Dans un continent où l’accès à l’eau potable et à l’assainissement reste un enjeu de développement, de santé publique et de résilience climatique, le changement de paradigme consiste désormais à considérer l’infrastructure non comme une finalité, mais comme l’un des maillons d’un service public à construire dans le temps long.
La Rédaction
Source : Africa Water & Sanitation Systems Leadership Symposium 2026 ; AMCOW ; UN-Water ; IRC.

