Au Malawi, la pénurie de carburant bouleverse bien davantage que les déplacements. Des conducteurs passent leurs journées à attendre devant les stations-service, des familles réorganisent leur quotidien et des activités économiques ralentissent. Derrière cette crise énergétique se dessine une réalité préoccupante : pour beaucoup d’habitants, trouver de l’essence devient une occupation qui les empêche de travailler.
À Lilongwe, la capitale du Malawi, une station-service approvisionnée peut devenir le centre de toutes les attentions. Les automobilistes surveillent les livraisons, les conducteurs de moto-taxis échangent des informations et certains passent la nuit dans leur véhicule, espérant obtenir quelques litres de carburant.
Cette attente interminable a progressivement transformé le quotidien. Pour les professionnels du transport, chaque heure passée dans une file représente une course perdue, un revenu qui disparaît et des dépenses qui continuent de s’accumuler.
Une économie qui perd son temps
McDonald Kachule, conducteur de moto-taxi à Lilongwe, fait partie de ces travailleurs dont l’activité dépend entièrement du carburant. Après plusieurs années dans le métier, il constate que chercher de l’essence occupe désormais davantage son temps que transporter des clients.
Les enseignants, commerçants et autres automobilistes connaissent les mêmes contraintes. Certains organisent leurs journées autour des rares approvisionnements, sans certitude de pouvoir remplir leur réservoir.
La pénurie touche également les transports collectifs, renchérit les déplacements et perturbe l’acheminement des marchandises.
Une crise qui atteint les campagnes
L’économie malawienne dépend fortement des importations de carburant, réglées en devises étrangères dont le pays manque régulièrement.
Cette fragilité dépasse les villes. Les difficultés d’approvisionnement peuvent retarder la livraison d’engrais et d’autres produits agricoles, menaçant les activités rurales et la sécurité alimentaire.
Les arrivages annoncés par le gouvernement apportent un soulagement ponctuel, mais ne résolvent pas les déséquilibres économiques à l’origine des pénuries répétées.
L’électrique, une alternative encore fragile
À mesure que l’essence devient difficile à obtenir, certaines entreprises explorent d’autres solutions. La société malawienne SGV observe notamment un intérêt croissant pour ses motos électriques, dont l’utilisation pourrait réduire les dépenses quotidiennes des conducteurs.
Mais cette transition reste freinée par les difficultés de financement et d’importation des équipements.
Au Malawi, la crise du carburant révèle ainsi une dépendance qui dépasse les stations-service. Retrouver un approvisionnement stable est devenu une condition essentielle pour permettre aux habitants de travailler, de circuler et de retrouver la maîtrise de leur quotidien.
La Rédaction

