Quinze ans après la mort de Mouammar Kadhafi, son idéologie continue de traverser la mémoire politique libyenne et certains débats africains. Entre souveraineté populaire proclamée, autoritarisme et nostalgie d’un État disparu, le kadhafisme révèle les contradictions d’une histoire dont les conséquences restent profondes.
Une révolution devenue système politique
Lorsque Mouammar Kadhafi renverse la monarchie libyenne en septembre 1969, il ambitionne de transformer radicalement l’organisation politique et sociale du pays. Son Livre vert, publié en trois parties entre 1975 et 1979, expose une « troisième théorie universelle », conçue comme une alternative au capitalisme et au communisme.
En 1977, la proclamation de la Jamahiriya institutionnalise cette vision : le peuple doit théoriquement exercer directement le pouvoir à travers des congrès et des comités populaires. Pourtant, derrière cette architecture révolutionnaire, l’autorité demeure concentrée autour de Kadhafi. La répression politique contredit les principes affichés de souveraineté populaire.
La nostalgie d’un État disparu
Dans une analyse publiée le 20 octobre 2026, RFI revient sur le kadhafisme comme expression d’une histoire et des bouleversements de la société libyenne. Cette perspective invite à distinguer l’héritage idéologique du régime des souvenirs associés à sa disparition.
Depuis 2011, la Libye connaît une fragmentation politique durable. Les rivalités institutionnelles, les affrontements armés et les ingérences étrangères ont profondément transformé le pays.
Dans ce contexte, certains Libyens regrettent la sécurité, les services publics et les protections économiques de l’époque précédente. Cette nostalgie ne signifie pourtant pas une adhésion automatique à l’idéologie du Livre vert.
Un héritage qui dépasse la Libye
En Afrique, Kadhafi demeure associé au panafricanisme, à la contestation de l’influence occidentale et aux ambitions d’intégration continentale. Cette image coexiste avec le souvenir de ses interventions militaires et de ses alliances controversées.
L’effondrement de son régime a également contribué à déstabiliser le Sahel, notamment par la circulation d’armes et le retour de combattants. Les crises régionales possèdent néanmoins leurs propres causes politiques et sécuritaires.
Une idéologie, plusieurs mémoires
Le kadhafisme subsiste comme référence historique et politique, mais son influence réelle reste difficile à mesurer. La nostalgie de certains aspects du régime ne démontre pas l’existence d’un mouvement idéologique majoritaire.
Quinze ans après la mort de son fondateur, son héritage interroge surtout la relation entre autorité, stabilité et aspirations populaires. La Libye contemporaine rappelle ainsi qu’un régime peut disparaître sans que les contradictions de son histoire cessent de façonner la mémoire collective.
La Rédaction
Source principale : RFI, 20 octobre 2026, « Le kadhafisme, c’est aussi le reflet d’une histoire et de bouleversements d’une société ».
Références complémentaires : Dirk Vandewalle, A History of Modern Libya ; études historiques sur la Jamahiriya et le Livre vert ; Conflict Armament Research, travaux sur les transferts d’armes dans le Sahel.

