En décembre 1979, une jeune femme est retrouvée assassinée dans sa voiture, à Southampton, en Angleterre. L’enquête conduit à la condamnation de Sean Hodgson, un homme qui a reconnu le crime avant de se rétracter. Pourtant, quatre ans après les faits, un autre individu avoue le même meurtre. La police ne le croit pas. Pendant vingt-sept ans, Hodgson reste emprisonné, jusqu’à ce que des prélèvements biologiques, longtemps considérés comme disparus, permettent de démontrer son innocence. L’affaire révèle une succession de circonstances troublantes : deux confessions contradictoires, une preuve scientifique inaccessible pendant des années et un assassin identifié après sa mort.
Une jeune femme assassinée dans sa voiture
Dans la nuit du 4 au 5 décembre 1979, Teresa De Simone, 22 ans, quitte une discothèque de Southampton après avoir terminé son service au pub Tom Tackle. Une amie la dépose près de son véhicule, stationné derrière l’établissement. Le lendemain matin, son corps est découvert sur la banquette arrière. La jeune femme a été violée et étranglée avec ses propres vêtements.
Les enquêteurs recueillent plusieurs indices, notamment des prélèvements biologiques et des témoignages concernant des cris entendus pendant la nuit. Mais les techniques scientifiques disponibles ne permettent pas d’identifier précisément l’agresseur. L’enquête progresse difficilement, tandis que le meurtre suscite une vive émotion.
Sean Hodgson, déjà connu de la police pour diverses infractions, attire l’attention des enquêteurs. Il se trouvait à Southampton au moment des faits, sans qu’une preuve matérielle décisive permette de le relier directement au crime.
Des aveux qui conduisent à la perpétuité
En décembre 1980, alors qu’il est détenu pour d’autres infractions, Hodgson commence à reconnaître le meurtre auprès de plusieurs personnes, notamment un prêtre et des agents pénitentiaires. Ses déclarations contiennent des détails qui semblent correspondre à la scène de crime.
Pourtant, son comportement présente une particularité essentielle : il a déjà avoué plusieurs infractions qu’il ne pouvait pas avoir commises. Certaines de ses confessions concernent même des meurtres qui n’ont jamais eu lieu. Ses déclarations sur la mort de Teresa comportent également des contradictions.
La défense souligne cette tendance aux faux aveux. L’accusation insiste néanmoins sur les détails que Hodgson paraît connaître et sur des analyses sanguines qui ne permettent pas de l’exclure, sans pour autant établir sa culpabilité.
Le 5 février 1982, la cour d’assises de Winchester le condamne à la réclusion criminelle à perpétuité. Hodgson continue de nier le meurtre, mais son recours échoue. Il restera emprisonné pendant vingt-sept ans.
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Un autre homme reconnaît le même crime
En 1983, un homme nommé David Lace se présente à la police et affirme avoir violé et assassiné Teresa De Simone. Il raconte certains aspects du crime, mais les enquêteurs ne jugent pas ses déclarations suffisamment crédibles.
Lace avait déjà attiré leur attention au cours des investigations initiales. Pourtant, ses aveux ne provoquent pas de remise en cause de la condamnation de Hodgson. Pour la justice, le meurtre est résolu et son auteur se trouve en prison.
En décembre 1988, David Lace meurt par suicide. Sa disparition semble refermer définitivement cette piste. Mais une question demeure : pourquoi deux hommes ont-ils reconnu le même assassinat, et comment déterminer lequel disait la vérité ?
Des preuves déclarées perdues, puis retrouvées
En 1998, les avocats de Hodgson cherchent à faire examiner les prélèvements biologiques conservés depuis 1979. Les services scientifiques leur répondent que les pièces à conviction n’existent plus. Cette information, qui se révélera fausse, retarde considérablement les possibilités de révision.
Une nouvelle équipe de défense reprend le dossier en 2008. Avec l’aide de la police du Hampshire et du parquet, les anciens prélèvements sont finalement localisés. Les progrès de la génétique permettent alors de rechercher un profil ADN exploitable.
Les résultats sont décisifs. Le sperme retrouvé sur les prélèvements provenant de la victime ne peut pas appartenir à Hodgson. Or, l’accusation avait toujours soutenu que le violeur était également l’assassin. La preuve scientifique détruit donc le fondement même de la condamnation.
Le 18 mars 2009, la Cour d’appel d’Angleterre et du pays de Galles annule le verdict de 1982. Sean Hodgson retrouve la liberté après vingt-sept années de détention. Aucun nouveau procès n’est ordonné.
L’assassin identifié après sa mort
Quelques mois plus tard, les enquêteurs reprennent les déclarations de David Lace. Son corps est exhumé afin de procéder à une comparaison génétique. L’analyse révèle une correspondance avec l’ADN retrouvé sur les prélèvements de Teresa De Simone.
En septembre 2009, la police annonce que David Lace est désormais identifié comme l’auteur du meurtre. L’homme avait reconnu les faits vingt-six ans auparavant, mais ses aveux avaient été écartés.
L’affaire connaît ainsi un dénouement exceptionnel. L’innocence de Hodgson est démontrée grâce à une preuve conservée malgré les informations contraires fournies à sa défense. Le véritable assassin est identifié après son décès, trop tard pour être jugé.
Comment une enquête a-t-elle pu retenir les aveux d’un homme qui reconnaissait régulièrement des crimes imaginaires, tout en écartant ceux de l’auteur finalement identifié ? L’affaire Sean Hodgson rappelle que les confessions, même détaillées, doivent toujours être confrontées à des preuves indépendantes. Elle montre également combien la conservation des pièces à conviction peut devenir décisive lorsque les progrès scientifiques permettent, des décennies plus tard, de réexaminer un verdict.
La Rédaction
Sources et références
- Cour d’appel d’Angleterre et du pays de Galles, R v Hodgson, [2009] EWCA Crim 490, arrêt du 18 mars 2009.
- Hampshire Constabulary, enquête sur le meurtre de Teresa De Simone et identification génétique de David Lace, septembre 2009.
- BBC News, archives consacrées à l’acquittement de Sean Hodgson et à l’identification de David Lace, 2009.
- Criminal Cases Review Commission (CCRC), dossier Sean Hodgson et réexamen des condamnations anciennes à partir de preuves ADN.

