Produire davantage, transformer sur place et privilégier les produits nationaux : le Burkina Faso veut faire du « Made in Burkina » un instrument de souveraineté économique. Une ambition qui ne dépend toutefois pas seulement du patriotisme des consommateurs, mais aussi de la capacité du pays à proposer une offre locale suffisante, compétitive et de qualité.
Au Burkina Faso, consommer local prend une dimension de plus en plus politique. La deuxième phase des Journées nationales d’engagement patriotique et de participation citoyenne (JEPPC), lancée depuis le vendredi 2 octobre, place la production et la consommation nationales au centre de la mobilisation jusqu’au 16 octobre. Ces journées, instituées en 2023, intègrent dès leur origine la promotion des produits nationaux.
Sous le thème « Produisons burkinabè, consommons burkinabè ! », les autorités invitent cette fois les citoyens à considérer leurs achats comme un prolongement de la souveraineté nationale. Une orientation déjà mise en avant lors de la première phase des JEPPC en mars, alors davantage centrée sur l’alimentation et la souveraineté alimentaire.
Produire ne suffit plus
Le discours porté par les autorités repose sur trois maillons : produire, transformer et consommer au Burkina Faso. Le raisonnement est économique autant que politique. Exporter une matière première sans la transformer revient à laisser une partie importante de sa valeur ajoutée être créée ailleurs.
L’enjeu consiste donc à développer des activités capables de transformer les productions agricoles et artisanales sur place. Davantage de transformation signifie potentiellement plus d’emplois, de revenus et de débouchés pour les producteurs locaux.
Cette stratégie accompagne la volonté affichée par Ouagadougou de réduire certaines dépendances extérieures, particulièrement alimentaires. Le gouvernement cherche ainsi à installer le « consommer burkinabè » dans les habitudes des ménages, mais également dans les administrations, les commerces et la restauration.
Le consommateur ne peut pas tout faire
Faire de l’achat local un acte patriotique comporte néanmoins une limite : le consommateur ne peut choisir burkinabè que si le produit existe, reste accessible et répond à ses attentes.
Le Premier ministre Rimtalba Jean-Emmanuel Ouédraogo l’a lui-même résumé en estimant que le patriotisme du consommateur devait avoir pour contrepartie l’excellence du produit. Derrière la campagne de sensibilisation se pose donc une question industrielle : comment améliorer les capacités de transformation, la qualité, la distribution et la compétitivité des entreprises nationales ?
La souveraineté économique ne se construit pas uniquement dans le panier du consommateur. Elle commence dans les champs et les ateliers, se poursuit dans les unités de transformation et dépend enfin de la capacité des produits locaux à trouver durablement leur place sur les marchés.
Du slogan à une économie locale plus forte
L’exposition gouvernementale organisée jusqu’au 9 octobre au SIAO accompagne cette mobilisation. Elle présente notamment des réalisations publiques, des innovations et des services, tandis que d’autres activités sont consacrées à la gastronomie et aux productions nationales.
Pour le Burkina Faso, le véritable test viendra donc après les journées de mobilisation. Faire du « Made in Burkina » un instrument de souveraineté suppose que l’appel à acheter local s’accompagne d’une économie capable de produire, transformer et vendre localement à grande échelle.
La Rédaction
Sources : Agence d’information du Burkina (AIB) ; Conseil des ministres du Burkina Faso ; gouvernement burkinabè, octobre 2026.

