Un vaccin disponible dans un dépôt national ne protège personne tant qu’il n’a pas atteint le centre de santé, conservé la bonne température et trouvé l’enfant qui doit le recevoir. En préparant son nouveau cycle de coopération avec Gavi pour 2026-2030, le Togo travaille précisément sur cette partie moins visible de la vaccination : tout ce qui doit fonctionner entre l’arrivée d’une dose dans le pays et son administration à la population.
Une mission de Gavi, l’Alliance du vaccin, échange depuis mercredi avec les acteurs nationaux afin d’identifier les besoins qui orienteront le prochain appui au pays. Les discussions portent sur la disponibilité des vaccins, la chaîne du froid, la qualité des données, les compétences du personnel et l’accès aux services. Cette préparation intervient au début de Gavi 6.0, le nouveau cycle stratégique de l’Alliance pour 2026-2030, qui accorde une place importante au renforcement des systèmes de santé et aux enfants encore exclus de la vaccination.
De la dose jusqu’à l’enfant
La disponibilité des vaccins n’est qu’un maillon. Entre leur acquisition et l’injection se trouve une infrastructure complexe : stockage, réfrigération, transport, énergie, gestion des stocks, personnel formé et systèmes d’information. Une défaillance à l’un de ces niveaux peut fragiliser toute la chaîne.
Une rupture de stock interrompt la vaccination. Des données imprécises compliquent l’identification des zones insuffisamment couvertes. L’éloignement d’un centre de santé peut enfin maintenir certaines populations hors du système. Pour 2026-2030, Gavi veut précisément améliorer les chaînes d’approvisionnement et leur capacité à acheminer les vaccins jusqu’aux communautés.
Le Togo connaît déjà ce défi. En 2025, dans le district sanitaire du Golfe, 36 394 enfants âgés de 12 à 59 mois avaient été identifiés comme « zéro dose ». Une campagne de rattrapage avait permis d’en vacciner 24 064, soit 66 % de la cible. L’expérience montre qu’une couverture nationale satisfaisante peut masquer des poches où des milliers d’enfants restent difficiles à atteindre.
Gavi donne davantage de responsabilités aux pays
Gavi 6.0 modifie également la manière dont l’Alliance travaille avec les États bénéficiaires. Près de 90 % du budget destiné à l’achat des vaccins doit désormais être attribué directement aux pays sous forme de budgets nationaux, leur donnant davantage de latitude dans le choix des produits correspondant à leurs priorités.
Cette autonomie va de pair avec une responsabilité nationale croissante. Le modèle de Gavi repose sur le cofinancement : à mesure que leur situation économique évolue, les pays prennent progressivement en charge une part plus importante du coût des vaccins.
Pour le Togo, le prochain cycle ne consiste donc pas seulement à déterminer quels vaccins seront financés. Il s’agit aussi de renforcer des capacités qui resteront utiles dans la durée : équipements de conservation, personnels compétents, données fiables et organisation suffisamment robuste pour maintenir la vaccination jusque dans les zones difficiles d’accès.
Chercher ceux qui restent hors du système
L’un des objectifs de Gavi 6.0 est de réduire de moitié le nombre d’enfants « zéro dose ». Cela déplace progressivement l’attention des moyennes nationales vers les communautés où la vaccination de routine atteint encore difficilement les familles.
Au Togo, les campagnes de rattrapage ont déjà montré l’importance des stratégies de proximité : mobilisation communautaire, visites à domicile et implication des responsables locaux permettent de retrouver des enfants qui n’apparaissent pas spontanément dans les centres de santé.
La préparation du partenariat 2026-2030 dépasse ainsi la question du nombre de doses disponibles. Le véritable test sera la capacité du système à savoir où elles sont nécessaires, à les conserver correctement, à les acheminer et à atteindre les enfants qui échappent encore à la vaccination de routine. Dans cette nouvelle phase, la performance vaccinale se jouera autant dans la chaîne du froid et les données que dans la seringue.
La Rédaction

