Dix-huit mois après une rupture provoquée par leurs divergences sur la guerre dans l’est de la République démocratique du Congo, Kigali et Bruxelles rétablissent leurs relations diplomatiques. Une normalisation importante, obtenue avec la médiation du Qatar, mais qui ne signifie pas la disparition du principal contentieux entre les deux pays.
La poignée de main entre Maxime Prévot et Olivier Nduhungirehe, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies à New York, referme une parenthèse diplomatique ouverte en mars 2025. La Belgique et le Rwanda ont décidé de rétablir leurs relations et de rouvrir prochainement leurs ambassades respectives. Dans un premier temps, celles-ci doivent fonctionner sous la direction de chargés d’affaires, avant la désignation ultérieure de nouveaux ambassadeurs.
La reprise est significative. Le 17 mars 2025, Kigali avait rompu avec Bruxelles avec effet immédiat, entraînant notamment la fermeture de l’ambassade belge au Rwanda. Le gouvernement rwandais reprochait alors à la Belgique d’avoir pris parti pour Kinshasa dans le conflit qui secoue l’est de la RDC.
Dix-huit mois pour reconstruire un canal diplomatique
Le rapprochement ne s’est pas fait directement à New York. Les ministres des Affaires étrangères des deux pays avaient progressivement repris contact au cours des derniers mois afin d’aborder leurs divergences et les incompréhensions ayant conduit à la rupture.
Le Qatar a joué un rôle discret mais déterminant dans ce processus. Doha avait facilité une première rencontre entre les deux ministres en juin 2025, trois mois seulement après la rupture. Les échanges se sont ensuite poursuivis jusqu’au rétablissement des relations diplomatiques.
Cette médiation dépasse d’ailleurs le seul contentieux belgo-rwandais. Le Qatar est également impliqué dans les efforts diplomatiques concernant la crise dans l’est de la RDC. La réconciliation entre Bruxelles et Kigali apparaît ainsi comme l’un des prolongements diplomatiques d’une crise régionale beaucoup plus large.
La RDC reste au milieu de la relation
La reprise des relations ne signifie cependant pas que Belgique et Rwanda se sont rapprochés sur le fond du dossier congolais.
Maxime Prévot a clairement indiqué que Bruxelles continuerait à défendre la souveraineté et l’intégrité territoriale de la RDC. La Belgique entend également soutenir les efforts de médiation et le respect des engagements pris dans le cadre des processus de Washington et de Doha.
Le communiqué conjoint reconnaît lui-même la persistance de désaccords sur certaines questions internationales. C’est une distinction importante : les deux pays ont choisi de restaurer les instruments permettant de gérer leurs différends plutôt que d’attendre leur disparition.
Cette approche tranche avec la confrontation de 2025. À l’époque, Kigali accusait Bruxelles de mener une campagne hostile à son encontre, tandis que la Belgique poussait au niveau européen pour une réaction plus ferme face à la situation dans l’est congolais.
Normaliser sans effacer les divergences
Le rétablissement des relations marque donc moins une réconciliation politique complète qu’un changement de méthode. Après dix-huit mois sans relations diplomatiques, les deux gouvernements considèrent désormais qu’un canal direct est préférable à la rupture.
La réouverture des ambassades permettra aussi de restaurer progressivement les fonctions consulaires et les échanges officiels interrompus depuis mars 2025. Mais elle ne suffira pas, à elle seule, à régler les divergences qui ont provoqué la crise.
Kigali et Bruxelles renouent ainsi sans prétendre être revenus au point où ils se trouvaient avant la rupture. Les ambassades vont rouvrir, tandis que le dossier congolais reste sur la table. Cette fois, les deux capitales ont simplement décidé d’en discuter à nouveau directement.
La Rédaction

