La chute des exportations togolaises de café et de cacao ne raconte peut-être pas seulement une baisse de production. Elle met aussi en lumière une difficulté plus profonde : entre la récolte, l’achat, la déclaration et l’exportation, une partie des volumes semble se perdre dans des circuits que la filière officielle maîtrise mal.
Les chiffres de la campagne 2025-2026 sont sévères. Les exportations de café sont tombées à 2 576 tonnes, contre 4 313 tonnes un an plus tôt, soit une baisse d’environ 40 %. Pour le cacao, le recul est encore plus marqué : 8 841 tonnes contre 24 625 tonnes, soit près de 64 % de moins.
Trente-neuf opérateurs économiques ont participé aux transactions commerciales durant la campagne. Mais au-delà du nombre d’acteurs, c’est désormais la capacité à suivre les flux qui devient centrale.
Entre production réelle et volumes déclarés
Le problème posé par le Comité de coordination pour les filières café et cacao ne se limite pas à la contrebande. Il touche plus largement à la traçabilité de la chaîne commerciale.
Lorsque des produits quittent les circuits officiels, ils deviennent plus difficiles à suivre statistiquement. Cela complique la lecture du marché, réduit la visibilité sur les volumes réellement disponibles et peut créer un écart croissant entre ce qui est produit sur le terrain et ce qui apparaît dans les données d’exportation.
Le secrétaire général du CCFCC, Enselme Gouthon, estime que les pratiques de contrebande ont particulièrement perturbé les deux dernières campagnes. Elles désorganisent, selon lui, les mécanismes de régulation, échappent au fisc et fragilisent les efforts de professionnalisation.
Mais les données disponibles ne permettent pas d’attribuer toute la baisse des exportations à ces seuls circuits parallèles. La campagne 2026-2027 devra donc aussi servir à mieux distinguer ce qui relève d’un recul de la production, d’un déplacement des transactions hors du circuit formel ou d’une combinaison des deux.
Le prix, point faible possible de la chaîne
La question des prix devient alors décisive. Le ministre de l’Économie et de la Veille stratégique, Badanam Patoki, insiste sur la nécessité de pratiquer des prix compatibles avec les niveaux observés sur le marché mondial.
L’enjeu est double : garantir une rémunération jugée acceptable aux producteurs tout en conservant une marge suffisante pour les autres intervenants de la chaîne.
Car une filière peut renforcer les contrôles et les procédures, mais elle restera vulnérable si les circuits parallèles proposent de meilleures conditions économiques. Dans ce cas, le problème n’est plus seulement réglementaire. Il devient aussi concurrentiel.
Le gouvernement demande par ailleurs aux opérateurs de transmettre des données fiables dans les délais requis. Cette exigence traduit un autre besoin : disposer d’une photographie plus précise des achats, des stocks, des flux commerciaux et des exportations.
La campagne 2026-2027 sera donc jugée sur autre chose qu’un simple rebond des tonnages. Le véritable test sera de savoir si le Togo parvient à réduire l’écart entre la récolte produite, la récolte déclarée et celle qui atteint réellement les circuits officiels d’exportation.
La Rédaction

