Construire davantage sans faire reposer tout l’effort d’investissement sur les finances publiques : c’est l’équation que le Togo cherche à résoudre en donnant une place accrue aux partenariats public-privé. La création à Lomé d’un Club PPP traduit cette ambition, mais elle fait surtout apparaître une exigence décisive : pour attirer l’argent privé, un besoin d’infrastructure doit d’abord devenir un projet suffisamment solide pour convaincre ceux qui devront le financer.
Le nouveau Club PPP a été officiellement installé à l’issue d’une conférence de haut niveau consacrée au financement des infrastructures, organisée par le gouvernement avec l’appui du Club PPP MedAfrique. Autour de la table : administrations publiques, collectivités territoriales, entreprises, banques, fonds d’investissement, experts, cabinets juridiques et financiers ainsi que partenaires techniques et financiers.
Cette diversité répond à la mécanique particulière des PPP. Entre l’identification d’une infrastructure nécessaire et sa réalisation, il faut déterminer son coût, son modèle économique, les responsabilités de chaque partie, la répartition des risques et les conditions dans lesquelles le partenaire privé pourra récupérer son investissement.
Le véritable enjeu : rendre les projets finançables
C’est précisément sur ce terrain que le Togo veut progresser. Le pays dispose de besoins d’investissement importants, mais l’existence d’un besoin public ne suffit pas à déclencher un financement privé. Pour une banque ou un investisseur, le projet doit présenter une architecture financière crédible, un cadre juridique suffisamment sécurisé et une répartition des risques permettant d’envisager son exploitation sur la durée.
La « bancabilité » devient ainsi un mot central. Elle oblige aussi la puissance publique à travailler davantage en amont : études solides, prévisibilité contractuelle, transparence des procédures et capacité à anticiper les risques plutôt que de les régler une fois le projet engagé.
Le ministre de l’Économie et de la Veille stratégique, Badanam Patoki, a d’ailleurs tenu à écarter une lecture trop simple du mécanisme : « Le PPP n’est pas un contournement budgétaire. C’est un instrument d’efficacité, de rigueur et de responsabilité partagée. »
Cette précision est essentielle. Le recours au privé ne fait pas disparaître la responsabilité de l’État. Un PPP engage généralement les parties sur plusieurs années et suppose de déterminer avec précision qui finance, qui construit, qui exploite, qui assume les différents risques et dans quelles conditions le service demeure conforme à l’intérêt public.
Du dialogue au chantier, le test de la Task Force
Le Club doit désormais constituer un cadre permanent de dialogue entre les différents acteurs. Mais sa réussite ne se mesurera pas au nombre de réunions organisées. Elle dépendra de sa capacité à faire émerger des dossiers suffisamment préparés pour parvenir jusqu’au financement puis à la réalisation.
C’est dans cette logique qu’une Task Force opérationnelle a également été annoncée. Présentée comme un guichet destiné à identifier et lever les blocages, elle devra accélérer le traitement des projets et faciliter la coordination entre les différentes parties prenantes.
Le dispositif accompagne la volonté du gouvernement d’accroître la contribution des PPP à la mise en œuvre de sa feuille de route 2026-2031. Reste désormais à transformer cette volonté en opérations concrètes.
Car le capital privé ne se mobilise pas simplement parce qu’une infrastructure est nécessaire. Il se mobilise lorsque le besoin public devient un projet crédible, prévisible et finançable. C’est sur cette transformation, bien davantage que sur la création d’un nouveau Club, que se jouera la réussite de la stratégie togolaise.
La Rédaction

