Quatre ans après une flambée mondiale qui avait exposé les profondes inégalités d’accès aux vaccins, le mpox continue de circuler et l’Afrique concentre toujours l’essentiel de la menace. Un stock international de doses doit désormais permettre d’intervenir dès l’apparition d’un foyer, y compris dans les pays incapables de rivaliser financièrement sur le marché mondial du vaccin.
En 2022, le mpox avait révélé un scénario déjà observé pendant la pandémie de Covid-19 : lorsqu’un produit médical devient soudain indispensable, ceux qui disposent des moyens financiers et des capacités d’achat les plus importantes prennent rapidement l’avantage. Plusieurs pays à faible revenu s’étaient ainsi retrouvés loin derrière dans la course aux vaccins.
Quatre ans plus tard, le virus n’a pas disparu. Entre janvier 2022 et le 31 juillet 2026, 190 683 cas confirmés et 529 décès ont été déclarés dans 145 pays et territoires. Environ deux cas sur trois sont aujourd’hui signalés en Afrique. C’est dans ce contexte qu’un changement de stratégie se prépare : plutôt que de chercher des doses une fois l’épidémie installée, les organisations sanitaires internationales veulent désormais les avoir disponibles avant l’urgence.
Des vaccins prêts avant la prochaine flambée
Lancé le 27 août, le nouveau stock mondial doit devenir opérationnel d’ici à la fin septembre. Financé par Gavi et coordonné par le Groupe international de coordination pour l’approvisionnement en vaccins, il associe notamment l’OMS, l’UNICEF, Médecins sans frontières ainsi que la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge.
Sa logique repose sur une idée simple : lorsqu’un foyer de mpox apparaît, la richesse du pays concerné ne doit plus déterminer sa capacité à obtenir rapidement des vaccins. Les doses pourront être mobilisées depuis une réserve internationale et dirigées vers les territoires où l’urgence sanitaire le justifie.
Le dispositif constitue ainsi autant une réserve de vaccins qu’une tentative de corriger un déséquilibre ancien. Sania Nishtar, directrice générale de Gavi, le reconnaît ouvertement : pendant l’épidémie de 2022, les pays à faible revenu avaient été « laissés pour compte » dans l’accès aux doses.
L’Afrique toujours en première ligne
Cette correction prend une importance particulière sur le continent africain. Le mpox y circule depuis bien avant la flambée internationale de 2022 et des transmissions de l’animal à l’être humain continuent d’alimenter certains foyers.
Le virus se transmet principalement entre personnes lors de contacts physiques étroits. S’il peut provoquer des symptômes relativement modérés, il expose certains patients à des formes sévères, notamment les enfants et les personnes dont le système immunitaire est affaibli.
Chez les plus jeunes, la maladie ne s’arrête d’ailleurs pas aux lésions et aux autres symptômes physiques. L’UNICEF alerte également sur l’isolement, la stigmatisation, la peur et les interruptions de scolarité qui peuvent accompagner l’infection.
La vaccination constitue donc une arme à double usage : protéger les personnes les plus exposées aux formes graves et intervenir suffisamment rapidement autour des foyers pour freiner leur propagation.
Ne plus attendre que l’urgence s’installe
Le principe du stock mondial n’est pas nouveau dans la santé internationale. Des mécanismes comparables existent déjà pour le choléra, la fièvre jaune, la méningite et Ebola. Lorsqu’une flambée survient, les doses peuvent être attribuées en fonction de l’urgence plutôt que laissées à la seule logique des commandes nationales.
Pour le mpox, une première réponse de ce type avait été expérimentée en 2024, au moment d’une nouvelle urgence de santé publique de portée internationale. Le mécanisme permanent annoncé aujourd’hui doit permettre de ne plus reconstruire un système d’approvisionnement à chaque résurgence du virus.
C’est un changement discret, mais important. Une flambée épidémique se joue souvent dans ses premières semaines : plus les vaccins, les équipes médicales et les outils de surveillance arrivent tard, plus le virus dispose de temps pour circuler.
Le vaccin ne réglera pourtant pas tout
Constituer une réserve internationale ne garantit pas à elle seule le succès des prochaines campagnes. Les doses devront parvenir jusqu’aux populations concernées, parfois dans des régions isolées ou touchées par des conflits. Il faudra également détecter rapidement les cas, renforcer les laboratoires, identifier les contacts et lutter contre la désinformation et la stigmatisation.
Le stock mondial ne fera donc pas disparaître le mpox. Il peut en revanche modifier une règle qui avait marqué les précédentes crises : celle d’un accès aux outils de protection largement déterminé par la puissance financière des États.
Après les pénuries et les retards de 2022, la communauté sanitaire internationale tente ainsi de prendre une longueur d’avance sur la prochaine flambée. La véritable épreuve commencera lorsqu’un pays demandera des doses en urgence : c’est à ce moment-là que l’on saura si le vaccin contre le mpox est réellement devenu un outil mondial, et non plus une protection accessible d’abord à ceux qui peuvent la payer.
La Rédaction
Sources : Organisation mondiale de la Santé (OMS), communiqué conjoint sur la création du stock mondial de vaccins contre le mpox ; Gavi, Alliance du vaccin ; UNICEF ; Groupe international de coordination pour l’approvisionnement en vaccins (ICG).

