La Guinée-Bissau doit rendre le pouvoir aux civils avant la fin de l’année. Mais les institutions dans lesquelles s’exercera ce pouvoir ne seront plus les mêmes. Dimanche, les électeurs ont approuvé à 70 % une nouvelle Constitution qui renforce considérablement les prérogatives du président, moins de dix mois après le coup d’État ayant interrompu le précédent processus électoral.
Le référendum intervient surtout à trois mois de la présidentielle prévue le 6 décembre. Avant de choisir son prochain dirigeant, le pays vient donc de redéfinir les pouvoirs dont celui-ci disposera.
Un président beaucoup plus puissant
La transformation est substantielle. Jusqu’ici, le Premier ministre était issu de la majorité parlementaire, une configuration qui avait régulièrement produit des cohabitations difficiles et des affrontements entre les deux têtes de l’exécutif.
La nouvelle Constitution modifie cet équilibre. Le président pourra nommer et révoquer le Premier ministre ainsi que les membres du gouvernement. Il disposera également du pouvoir de dissoudre le Parlement. L’objectif affiché par les autorités de transition est de mettre fin à une architecture institutionnelle considérée comme l’une des sources de l’instabilité chronique du pays.
Mais renforcer l’exécutif pour stabiliser l’État ouvre immédiatement une autre question : celle des contre-pouvoirs. Dans un pays marqué par les crises institutionnelles et les interventions répétées de l’armée, la stabilité recherchée par la concentration des responsabilités présidentielles devra aussi être conciliée avec l’équilibre démocratique des institutions.
Une Constitution adoptée sous une transition militaire
C’est précisément ce contexte qui rend le référendum politiquement sensible. La nouvelle Constitution a été approuvée par le Conseil national de transition avant d’être soumise aux électeurs, alors que le pays demeure dirigé par les autorités militaires installées après le putsch de novembre 2025.
Une partie de l’opposition et de la société civile conteste ainsi moins le principe d’une réforme que les conditions dans lesquelles elle a été élaborée. L’opposition avait appelé au boycott du référendum, dénonçant notamment des restrictions des libertés publiques.
La Commission électorale nationale défend au contraire la transparence et la crédibilité du scrutin. Sur le terrain, la mobilisation est toutefois apparue inégale : dans plusieurs bureaux visités à Bissau, les électeurs se présentaient en nombre limité, les fortes pluies ayant également perturbé la participation.
Le véritable test viendra le 6 décembre
La Guinée-Bissau porte une histoire institutionnelle particulièrement lourde. Depuis son indépendance en 1974, le pays a connu cinq coups d’État et plusieurs tentatives de putsch. En novembre dernier, l’armée avait une nouvelle fois pris le pouvoir quelques jours après une présidentielle, renversé Umaro Sissoco Embaló et suspendu le processus électoral.
Le général Horta N’Tam, qui dirige actuellement la transition, ne peut pas se présenter à la prochaine présidentielle en vertu de la charte de transition. Le pouvoir considérablement renforcé par la nouvelle Constitution devrait donc, si le calendrier est respecté, revenir à un président civil issu des urnes.
C’est là que se trouve le paradoxe du processus bissau-guinéen : la transition militaire promet de rendre le pouvoir aux civils, mais elle aura auparavant contribué à redessiner profondément la fonction présidentielle qu’ils hériteront.
Le scrutin du 6 décembre ne déterminera donc pas seulement qui dirigera la Guinée-Bissau. Il désignera le premier détenteur d’un pouvoir présidentiel désormais beaucoup plus étendu, dans un pays où la stabilité institutionnelle reste précisément à reconstruire.
La Rédaction
Source : document transmis ; résultats de la Commission électorale nationale et éléments relatifs au référendum constitutionnel en Guinée-Bissau.

