Une famille massacrée dans son appartement
Dans la nuit du 30 au 31 octobre 1975, un crime d’une extrême violence est commis au 78 via Michelangelo da Caravaggio, dans le quartier de Fuorigrotta, à Naples. Domenico Santangelo, 54 ans, ancien capitaine de la marine marchande, sa seconde épouse Gemma Cenname, 50 ans, et Angela Santangelo, 19 ans, fille de Domenico, sont tués. Le petit chien de la famille est également retrouvé mort.
Les victimes ont notamment été frappées avec un objet contondant puis blessées à la gorge. Ni l’objet utilisé pour porter les coups ni le couteau ne permettront de conduire les enquêteurs à un auteur incontestable. La scène livre pourtant des empreintes et différents objets qui seront conservés, mais la police scientifique des années 1970 ne dispose évidemment pas des moyens d’analyse génétique qui apparaîtront bien plus tard.
Un proche de la famille accusé
L’enquête s’oriente vers Domenico Zarrelli, neveu de Gemma Cenname. Plusieurs éléments circonstanciels et témoignages conduisent les enquêteurs à le soupçonner. Il est arrêté en mars 1976 et comparaît pour le triple meurtre.
En mai 1978, Zarrelli est reconnu coupable en première instance et condamné à la réclusion criminelle à perpétuité. Mais l’histoire judiciaire du dossier ne fait que commencer. Les empreintes digitales et les traces de chaussures découvertes sur les lieux ne correspondent notamment pas à celles de l’accusé.
De la perpétuité à l’acquittement
En 1981, Domenico Zarrelli est acquitté en appel pour insuffisance de preuves. La Cour de cassation annule cette décision, provoquant un nouveau procès d’appel, cette fois à Potenza.
Le 9 janvier 1984, Zarrelli est de nouveau acquitté, cette fois pleinement. Le 18 mars 1985, la Cour de cassation confirme la décision. L’acquittement devient définitif. L’homme qui avait été condamné à perpétuité ne peut donc plus être considéré juridiquement comme responsable du massacre. Il obtiendra par la suite une importante indemnisation pour sa détention injustifiée.
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Des pièces à conviction reprennent la parole
Plus de trois décennies passent. En 2011, le parquet de Naples relance les investigations et décide d’exploiter les progrès considérables accomplis par la police scientifique. Parmi les pièces anciennes figurent notamment des mégots de cigarettes et un morceau de tissu provenant d’un torchon.
Les analyses produisent un résultat spectaculaire : des traces biologiques compatibles avec le profil génétique de Domenico Zarrelli sont identifiées sur certains de ces objets. L’homme définitivement acquitté réapparaît ainsi, près de quarante ans après le massacre, au centre du dossier.
Mais que prouve réellement cet ADN ?
À première vue, la découverte semble bouleversante. Elle doit pourtant être interprétée avec une extrême prudence. Domenico Zarrelli était un membre de la famille et fréquentait l’appartement. La présence de son ADN sur certains objets ne démontre donc pas à elle seule qu’il était présent au moment des meurtres, encore moins qu’il en était l’auteur.
D’autres profils génétiques étrangers aux victimes sont également retrouvés. En 2015, le procureur chargé du dossier conclut finalement que les nouvelles techniques scientifiques n’ont fourni aucun élément permettant d’attribuer le massacre à une personne identifiée. Il demande le classement de l’enquête.
Le « ne bis in idem », une frontière infranchissable
Une autre question juridique rend néanmoins l’affaire fascinante. Même si de nouveaux éléments suffisamment incriminants avaient été découverts contre Zarrelli, son acquittement définitif aurait soulevé l’obstacle fondamental du ne bis in idem : une personne définitivement acquittée ne peut être rejugée pour les mêmes faits.
C’est précisément ce paradoxe qui avait frappé l’opinion lors de l’annonce des résultats génétiques en 2014. La science était désormais capable de faire parler des traces quasiment muettes en 1975, mais le principal suspect historique avait déjà traversé l’ensemble du processus judiciaire et obtenu un acquittement définitif.
Une vérité scientifique qui n’est pas une vérité judiciaire
L’affaire de la Via Caravaggio montre aussi les limites d’une idée souvent répandue : trouver un ADN sur une scène de crime ne signifie pas automatiquement avoir identifié le criminel. Tout dépend de la nature de la trace, de son emplacement, de sa conservation et surtout de la possibilité d’expliquer légitimement sa présence.
Dans ce dossier, près de quarante années séparaient le prélèvement des objets de leur analyse génétique moderne. Et le profil retrouvé appartenait à quelqu’un qui connaissait les victimes et fréquentait leur domicile. Le parquet a donc refusé de transformer une présence biologique en preuve de meurtre.
Qui a tué les Santangelo ?
Cinquante ans après les faits, le paradoxe demeure saisissant. Un homme a été condamné à perpétuité, puis définitivement acquitté. Des décennies plus tard, son ADN a été retrouvé sur certains objets provenant de la scène. Pourtant, les nouvelles investigations n’ont pas permis de démontrer qu’il avait participé aux meurtres.
La justice italienne ne possède donc toujours aucun coupable judiciairement établi pour le massacre de Domenico Santangelo, Gemma Cenname et Angela Santangelo.
Et c’est finalement là que réside la véritable énigme de la Via Caravaggio : la science moderne a réussi à révéler ce que certains objets conservés depuis 1975 portaient encore sur eux, mais elle n’a pas réussi à répondre à la question essentielle : qui a massacré cette famille dans son appartement de Naples ?
La Rédaction
Sources et références
- ANSA.
- Rai News.
- Corriere della Sera.
- La Repubblica.
- Archives judiciaires italiennes.

