Le Mexique vient de marquer une étape décisive dans l’histoire de ses ambitions logistiques avec l’inauguration du corridor interocéanique de l’isthme de Tehuantepec (CIIT). Ce projet, soutenu par l’ex-président Andrés Manuel López Obrador, a vu la première opération de transport de marchandises traverser la zone la plus étroite du pays, entre les océans Pacifique et Atlantique. Une avancée qui promet de bousculer les dynamiques économiques internationales.
Un passage plus rapide, mais un défi pour le Panama
Le 4 avril 2025, le Mexique a célébré l’achèvement de son premier transport commercial via le CIIT : 900 véhicules Hyundai en provenance de Corée du Sud, débarqués à Salina Cruz, dans l’État d’Oaxaca, avant d’être envoyés par rail jusqu’à Coatzacoalcos, sur la côte atlantique. Un gain de temps significatif comparé au canal de Panama, qui met généralement plus de dix jours pour un transit complet. Les acteurs économiques saluent cette rapidité et voient dans ce corridor une alternative compétitive aux routes maritimes classiques.
Le gouvernement mexicain, avec la présidente Claudia Sheinbaum en tête, insiste sur l’importance de ce projet pour le développement économique régional. Les retombées seront considérables, affirme-t-elle, non seulement pour le Mexique, mais aussi pour les pays asiatiques qui pourraient réduire leurs coûts logistiques en utilisant ce nouveau passage.
Un modèle économique à long terme
Le gouverneur de l’État d’Oaxaca, Salomón Jara, évoque un véritable “nouveau modèle économique” pour la région, marqué par la création de dix pôles industriels le long du corridor, qui favoriseront l’emploi et attireront des investissements étrangers. Le projet, d’une ampleur historique, s’inscrit dans un long processus remontant à 1907, lorsque le premier chemin de fer interocéanique fut lancé par le président Porfirio Díaz.
Un signal pour le Panama ?
Le lancement de ce projet a immédiatement attiré l’attention de la presse panaméenne. Bien que certains experts minimisent les risques pour le canal de Panama, d’autres suggèrent qu’il pourrait devenir une alternative attrayante en raison de sa compétitivité en termes de tarifs et de durabilité. La chambre maritime du Panama, par la voix de son président José Díaz, a d’ailleurs reconnu que le Mexique pourrait influencer la réévaluation des tarifs du passage panaméen.
Les ambitions interocéaniques de l’Amérique latine
Le projet mexicain s’inscrit dans un contexte plus large d’ambitions de passage interocéanique en Amérique latine. Le Nicaragua, par exemple, continue de chercher des financements pour son projet de canal, tandis qu’un corridor bi-océanique reliant l’Argentine, le Brésil, le Chili et le Paraguay est en pleine construction.
Le corridor interocéanique du Mexique pourrait bien redéfinir la carte du transport mondial, offrant une alternative viable au canal de Panama tout en stimulant l’économie locale et régionale. Si sa réalisation complète répond aux attentes, ce projet pourrait se transformer en un véritable levier stratégique pour le pays. Cependant, face à un canal de Panama toujours dominant, les experts restent prudents et soulignent les défis qui attendent cette nouvelle infrastructure.
La Rédaction

