À l’été 1982, deux adolescentes suisses partent pour quelques jours de randonnée à vélo. Elles ne rentreront jamais. Leurs bicyclettes sont retrouvées au bord d’une route, leurs corps seulement neuf semaines plus tard, dissimulés dans un secteur escarpé près de la grotte aux cristaux de Kobelwald. Quarante-quatre ans après les faits, personne n’a été condamné. Mais l’affaire possède aujourd’hui une singularité plus troublante encore : la police ne peut plus enquêter, même si un nouvel indice apparaissait.
Deux adolescentes disparaissent pendant leur randonnée
Le 29 juillet 1982, Brigitte Meier, 17 ans, et Karin Gattiker, 15 ans, quittent Goldach, dans le canton de Saint-Gall, pour une randonnée de plusieurs jours à vélo dans l’Appenzellerland. Le 31 juillet, elles prennent le chemin du retour. Peu avant midi, elles sont aperçues à une intersection de Kobelwies, près d’Oberriet. Ce sera la dernière fois qu’un témoin les verra vivantes.
Le soir même, leurs vélos sont toujours là, avec leurs bagages, mais les deux adolescentes ont disparu. La police lance d’importantes recherches : le secteur est parcouru avec des chiens, des plongeurs inspectent des points d’eau et un hélicoptère est mobilisé. La zone de la grotte de Kobelwald est elle aussi explorée. Aucun corps n’est découvert.
Neuf semaines avant la découverte
Le 2 octobre 1982, un promeneur découvre le corps très décomposé de Brigitte sous une lourde dalle de pierre, à proximité de la grotte. Le lendemain, les recherches permettent de retrouver Karin à quelques mètres de là, dans une petite cavité rocheuse. Les deux corps avaient donc été dissimulés dans un terrain particulièrement difficile d’accès.
L’état des dépouilles ne permet plus aux médecins légistes d’établir avec certitude la cause exacte des décès. Les enquêteurs considèrent néanmoins qu’ils sont confrontés à un crime. Plusieurs hommes seront soupçonnés au cours des investigations, mais aucun élément suffisamment probant ne permettra d’attribuer les deux morts à l’un d’entre eux.
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Des suspects, mais jamais de procès
L’enquête se poursuit pendant des années. Certains hommes ayant une connaissance particulière des environs de la grotte retiennent notamment l’attention des policiers. Un suspect est placé en détention provisoire avant d’être remis en liberté, faute de preuves permettant d’engager une procédure susceptible d’aboutir à une condamnation.
Le dossier s’enlise progressivement. L’identité du ou des responsables reste inconnue, tout comme une partie essentielle du scénario : pourquoi les adolescentes ont-elles abandonné leurs vélos ? Ont-elles suivi quelqu’un volontairement ? Ont-elles été contraintes de quitter la route ? Et comment leurs corps ont-ils pu rester neuf semaines à proximité d’une zone pourtant fouillée après leur disparition ?
2012, le temps judiciaire s’arrête
Trente ans après les faits survient un événement qui change définitivement la nature du dossier. En 2012, le double meurtre est frappé par la prescription applicable à l’époque. Dès lors, le problème n’est plus seulement qu’un éventuel coupable ne pourrait plus être condamné : les autorités ne sont également plus autorisées à poursuivre l’enquête pénale.
Cette conséquence est particulièrement lourde dans un cold case. Les progrès de la génétique et des techniques criminalistiques permettent aujourd’hui de résoudre des affaires vieilles de plusieurs décennies. Mais dans le dossier de la grotte aux cristaux, l’apparition éventuelle d’un nouvel indice ne suffirait pas à permettre aux policiers de reprendre normalement leurs investigations. Des particuliers ont continué à rechercher des réponses, mais ils ne disposent évidemment pas des pouvoirs d’enquête de l’État.
Une affaire qui revient jusqu’au Parlement
L’histoire de Karin et Brigitte est ainsi devenue en Suisse bien davantage qu’un ancien dossier criminel. Elle nourrit le débat sur une question fondamentale : un meurtre doit-il pouvoir devenir juridiquement intouchable simplement parce que suffisamment de temps s’est écoulé ?
En 2025 puis encore en 2026, la SRF a remis l’affaire au centre de l’actualité à l’occasion des discussions politiques sur l’imprescriptibilité du meurtre. Le dossier de 1982 est devenu l’un des exemples utilisés pour montrer les conséquences concrètes de la prescription : lorsque le délai est écoulé, ce n’est pas seulement la punition qui devient impossible, c’est aussi la recherche judiciaire de la vérité qui s’interrompt.
Une énigme que la justice ne peut plus résoudre
Plus de quatre décennies après leur disparition, personne n’a été reconnu coupable de la mort de Karin Gattiker et Brigitte Meier. Les soupçons accumulés au cours de l’enquête n’ont jamais atteint le niveau de preuve nécessaire pour établir une culpabilité. Le double meurtre demeure irrésolu.
Mais son énigme est désormais double. Il reste à savoir qui a tué les deux adolescentes en 1982. Et une seconde question s’est ajoutée à la première : que devient la recherche de la vérité lorsque la loi elle-même interdit à la justice de continuer à la chercher ?
La Rédaction
Sources et références
- SRF — dossier consacré au Kristallhöhlenmord et à la prescription du meurtre.
- SRF — « Verjährung ist für die Angehörigen ein Desaster ».
- Archives de la presse de Suisse orientale — St. Galler Tagblatt.
- Archives de l’enquête sur le double meurtre d’Oberriet.

