L’abandon du projet d’ouverture partielle des droits commerciaux de la Coupe du monde à des investisseurs privés n’a pas refermé la crise. Il l’a déplacée. Plusieurs grandes confédérations et fédérations nationales contestent désormais directement la gouvernance de Gianni Infantino et préparent l’échéance de mars 2027, tandis que ses soutiens se mobilisent pour éviter que la fronde ne devienne une majorité.
Gianni Infantino n’est plus seulement confronté aux conséquences d’un projet commercial mal reçu. Sa présidence elle-même est désormais au centre du rapport de forces qui traverse la FIFA.
Le point de rupture reste le projet, aujourd’hui abandonné, qui prévoyait de céder environ 20 % d’une nouvelle structure commerciale liée aux compétitions de la FIFA à des investisseurs privés, pour quelque 4,2 milliards de dollars. L’UEFA, la Confédération asiatique de football (AFC) et la Concacaf ont dénoncé une initiative préparée sans consultation suffisante et ont demandé un examen indépendant de la manière dont elle avait été élaborée.
La contestation change de nature
L’abandon du projet aurait pu permettre à la FIFA de refermer rapidement le dossier. Il n’en a rien été. Pour les adversaires d’Infantino, la controverse a révélé un problème plus profond : celui de la concentration du pouvoir et des mécanismes de décision au sommet de l’organisation.
La crise s’est donc déplacée du terrain économique vers celui de la confiance. Plusieurs fédérations ont retiré ou remis en cause leur soutien à la réélection du président de la FIFA. La Nouvelle-Zélande a notamment annoncé qu’elle ne soutiendrait plus automatiquement sa candidature et réclame un examen indépendant de l’épisode.
Dans le même temps, des noms commencent déjà à circuler pour l’élection présidentielle prévue en mars 2027, parmi lesquels Victor Montagliani, Aleksander Čeferin, Salman bin Ibrahim Al Khalifa ou encore Lise Klaveness. Aucun rapport de forces définitif n’est toutefois établi à ce stade.
Infantino conserve des soutiens importants
La contestation est forte, mais elle ne signifie pas que Gianni Infantino soit déjà condamné politiquement.
La Confédération africaine de football continue de défendre le principe d’une décision prise par les 211 associations membres lors du prochain congrès. Son président, Patrice Motsepe, estime que l’avenir d’Infantino doit être tranché par les urnes plutôt que par des appels à la démission.
Plusieurs fédérations arabes, parmi lesquelles celles du Qatar, du Maroc, de l’Égypte, du Liban, du Soudan et de la Mauritanie, ont également affiché leur soutien au président de la FIFA. Leur position montre surtout que les confédérations ne constituent pas des blocs parfaitement homogènes. Le Qatar a d’ailleurs contesté l’utilisation du nom de l’AFC dans une lettre commune demandant le départ d’Infantino, affirmant ne pas avoir été consulté.
Une bataille qui dépasse un homme
Le véritable enjeu dépasse désormais la seule personne de Gianni Infantino. La crise pose une question plus large : comment la FIFA doit-elle être gouvernée lorsque ses choix économiques engagent des compétitions considérées comme appartenant à l’ensemble du football mondial ?
Les adversaires du président réclament davantage de contrôle collectif, de transparence et de consultation des associations membres. Ses soutiens mettent, eux, en avant les investissements réalisés sous sa présidence, notamment en Afrique, en Asie et dans les petites fédérations qui dépendent fortement des programmes financiers de la FIFA.
L’élection de mars 2027 s’annonce ainsi comme beaucoup plus qu’un renouvellement de mandat. Elle pourrait devenir un référendum sur la manière dont la FIFA a été dirigée ces dernières années et sur l’équilibre futur entre son président, les confédérations et les fédérations nationales.
Infantino a survécu à la crise provoquée par son projet commercial. Il lui reste désormais à démontrer qu’il peut également survivre politiquement à ce qu’elle a déclenché.
La Rédaction
Sources : Reuters ; UEFA ; AFC ; Concacaf.

