Dans le Bahr el Ghazal du Nord, deux tiers des centres de santé ont fermé depuis le début de 2025, sous l’effet de la contraction des financements humanitaires. Pour 1,4 million d’habitants, l’accès aux soins dépend désormais de quelques structures saturées, au prix de trajets longs, coûteux et parfois mortels.
Au Soudan du Sud, la crise du financement humanitaire se traduit désormais directement dans les services de santé. Dans le Bahr el Ghazal du Nord, seuls 61 centres de santé primaires restent opérationnels sur les 180 recensés au début de 2025, selon Médecins Sans Frontières. Cette contraction du réseau de proximité reporte la pression sur l’hôpital d’Aweil, devenu le principal recours pour les urgences graves. Les structures encore ouvertes manquent de médicaments, les personnels sont parfois privés de salaire et les mécanismes de transfert des patients fonctionnent mal.
Des distances qui aggravent les urgences
Pour les familles, la fermeture d’un centre ne signifie pas seulement quelques kilomètres supplémentaires. Elle peut transformer une complication médicale en course contre la montre. MSF rapporte le cas d’une mère ayant dû parcourir plusieurs heures avec son nouveau-né avant d’atteindre Aweil. L’enfant, atteint d’une fasciite nécrosante, a finalement été sauvé, mais le trajet et les transferts successifs ont coûté plus de 100 dollars à la famille.
Les femmes enceintes sont particulièrement exposées. L’absence de soins obstétricaux à proximité provoque des arrivées tardives à l’hôpital, parfois après plusieurs heures ou plusieurs jours de travail. MSF estime qu’au regard des normes de l’OMS, l’État devrait disposer d’au moins 14 structures capables de prendre en charge les urgences obstétricales. L’hôpital d’Aweil serait aujourd’hui le seul service pleinement opérationnel.
Aweil absorbe une crise qui le dépasse
La saturation se lit dans les chiffres. En 2025, les équipes de MSF ont assisté à plus de 8 000 accouchements, contre 6 000 prévus. Au premier semestre 2026, environ 3 500 naissances ont déjà été enregistrées. Les consultations d’urgence sont passées de 15 000 à 26 000, tandis que les admissions en néonatologie ont augmenté de 30 %. Les complications obstétricales nécessitant des interventions lourdes progressent elles aussi.
La malnutrition ajoute une pression supplémentaire. Au premier semestre 2026, 1 065 enfants ont été admis pour malnutrition aiguë sévère, soit une hausse de 87 % sur un an. La période de forte malnutrition, autrefois concentrée entre mai et juillet, s’étend désormais jusqu’en octobre.
Le financement devient un enjeu vital
Pour MSF, la situation ne peut être absorbée durablement par un seul hôpital ni par une seule organisation. Le problème n’est plus seulement celui de la capacité hospitalière, mais celui de la disparition du premier niveau de soins. Réouvrir les centres de proximité permettrait de traiter plus tôt les infections, les complications de grossesse et les premiers signes de malnutrition. À défaut, les patients arrivent plus tard, plus malades et plus coûteux à prendre en charge.
Dans le Bahr el Ghazal du Nord, la réduction de l’aide humanitaire produit ainsi un effet en cascade : moins de structures, davantage de retards, plus de complications et une pression toujours plus forte sur les rares services encore debout.
La Rédaction
Source : Médecins Sans Frontières (MSF), données et témoignages sur la dégradation de l’accès aux soins dans le Bahr el Ghazal du Nord.

