Face à l’absence prolongée de plusieurs figures clés de la junte et à la montée des spéculations sur d’éventuelles fractures internes, le chef de la transition burkinabè a publiquement réaffirmé son autorité exclusive. Une démonstration de force qui traduit une reprise en main sans concession de l’appareil d’État.
« Il n’y a pas deux capitaines dans un bateau. » La métaphore se veut catégorique. Réagissant aux bruits d’insubordination et d’éviscération au sommet de la hiérarchie militaire, le capitaine Ibrahim Traoré a tenu à clarifier la chaîne de commandement. En déplacement le jeudi 16 juillet devant les forces vives de Ouahigouya, dans le nord du pays, le chef du régime d’exception s’est appliqué à balayer l’hypothèse de rivalités au sein de son premier cercle.
Au pouvoir depuis le coup d’État de septembre 2022, le jeune officier de 38 ans façonne la gouvernance burkinabè avec une poigne de fer. Engagé dans un alignement géopolitique strict avec ses voisins malien et nigérien au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), le régime fait face à une double contrainte : l’intensification des attaques terroristes sur le territoire et une vigilance accrue à l’égard de toute dissidence interne.
« J’ai entendu beaucoup de bruits ces derniers temps… C’est vous encore qui allez suivre les pages de ces apatrides et qui croyez à leurs récits au point de vous affoler », a martelé le président de la transition face aux notables et acteurs locaux à Ouahigouya.
L’ombre d’une purge au sommet de la sécurité
Malgré ce discours de fermeté, les interrogations persistent à Ouagadougou. Depuis plusieurs semaines, la disparition des radars médiatiques de hauts dirigeants sécuritaires — jusqu’alors considérés comme des piliers du dispositif Traoré — alimente la thèse de frictions internes.
Le cas le plus emblématique demeure celui du commandant Oumarou Yabré. À la tête de l’Agence nationale de renseignement (ANR) et du Conseil national de sécurité d’État, cet officier influent faisait figure de numéro deux virtuel du régime. Or, M. Yabré n’a effectué aucune apparition publique depuis la fin du mois de mai. Si des tensions entre les deux hommes avaient déjà été minimisées par le passé, son effacement actuel apparaît plus profond.
Selon des sources sécuritaires concordantes, le commandant Yabré n’occupe plus ses bureaux administratifs et sa garde rapprochée a été drastiquement réduite. Son absence a été remarquée lors des cérémonies institutionnelles majeures, notamment lors de la récente remise de galons de général au palais présidentiel.
Plusieurs collaborateurs ou personnalités associées au commandant font également l’objet d’interpellations ou de disparitions signalées. Parmi elles figure l’imam prédicateur Ishaq Kindo, critique d’un projet de réglementation des libertés religieuses, dont la détention informelle a été publiquement assumée et justifiée par le capitaine Traoré lui-même.
Restructurations institutionnelles et limogeages en série
Cette réorganisation en profondeur s’étend à l’administration civile et économique. Récemment, Wendpanga Aimé Nongkouni a été démis de ses fonctions à la direction de la Société nationale burkinabè d’hydrocarbures (Sonabhy), tandis que Mathias Sosthène Sanou, conseiller spécial chargé de la jeunesse, a été relevé de ses attributions par décret présidentiel.
Autre défection remarquée : celle du capitaine Kiswendsida Azaria Farouk Sorgho, figure médiatique du mouvement du 30 septembre 2022 et numéro trois pressenti du régime. Commandant du Bataillon d’intervention rapide n°4 (BIR 4) et porte-parole du Korag — l’organe stratégique d’orientation du pouvoir —, cet officier s’était illustré par ses campagnes anticorruption.
Disparu de la scène publique depuis la mi-mai, son intérim est désormais assuré par son adjoint, tandis que des sources locales évoquent son arrestation, couplée à celle de son père, l’ancien ministre Adama Luc Sorgho.
L’exercice d’un pouvoir personnel sans partage
À travers cette série d’évictions et de mises à l’écart, Ibrahim Traoré entend adresser un signal d’intolérance absolue à toute forme de contestation ou d’autonomie au sein des forces armées.
« Tous ceux qui travaillent avec moi connaissent ma ligne de conduite. Si quelqu’un dévie, je le materai sans état d’âme. Il n’y a pas d’hommes forts à mes côtés », a averti le président de la transition à Ouahigouya.
En niant l’existence même de dauphins ou d’adjoints d’influence — « il n’y a ni numéro un, ni numéro deux » —, le capitaine réaffirme le caractère centralisé de son exercice du pouvoir, dans un contexte national et régional extrêmement instable.
La Rédaction

