L’alcool est responsable de près de 3 millions de décès annuels à l’échelle mondiale, en raison de maladies telles que les affections hépatiques, les troubles cardiaques et divers types de cancers. Ce fléau représente un lourd fardeau pour les systèmes de santé publique, obligés de financer les traitements médicaux, ainsi que de gérer les conséquences liées aux accidents de la route et à la violence. Face à cette réalité, l’Assemblée mondiale de la santé a validé un plan d’action mondial pour réduire les consommations dangereuses d’alcool, offrant aux États des directives sur les meilleures pratiques à adopter.
De nombreuses études à travers le monde démontrent que des politiques de taxation plus strictes ont un effet direct sur la réduction de la consommation d’alcool. En Afrique du Sud, le gouvernement envisage une hausse des taxes d’accise sur les boissons alcoolisées afin de lutter contre les consommations excessives. Selon un rapport de l’Organisation mondiale de la santé, près de 60 % des Sud-Africains âgés de 15 ans et plus pratiquent une consommation excessive d’alcool à des intervalles réguliers. Une telle mesure vise donc à freiner cette tendance, particulièrement au sein des populations à faible revenu, plus sensibles aux fluctuations des prix.
Le Trésor sud-africain propose également d’étudier l’instauration d’un prix unitaire minimum, c’est-à-dire un prix plancher en dessous duquel l’alcool ne pourrait être vendu, empêchant ainsi les producteurs et détaillants de compenser l’augmentation des taxes en réduisant leurs prix ou en offrant des promotions excessives. En tant qu’économiste, j’estime que l’introduction de cette mesure et l’augmentation des taxes d’accise doivent être considérées comme une priorité pour améliorer la santé publique.
Des études menées dans des pays comme le Canada, l’Irlande et le Royaume-Uni montrent que des politiques similaires ont réduit les dommages liés à l’alcool. Par exemple, en Écosse, la mise en place d’un prix unitaire minimum a permis de diminuer les décès liés à l’alcool de 13,4 % et les admissions à l’hôpital de 4,1 %, les effets étant particulièrement marqués chez les hommes et dans les communautés les plus défavorisées. Une étude au Pays de Galles a également montré qu’une hausse de 15 % des prix de l’alcool avait entraîné une réduction de 20 % des achats.
Il est toutefois crucial de résister à l’influence de l’industrie de l’alcool, qui exerce souvent des pressions sur les législateurs pour limiter les hausses fiscales. Des cas à travers le monde, notamment en Irlande et aux États-Unis, montrent que cette industrie n’hésite pas à utiliser des arguments économiques pour s’opposer à des réformes bénéfiques pour la santé publique. Il est donc impératif de résister à ces tentatives d’influence.
Les mesures proposées doivent être mises en œuvre rapidement afin de contribuer à atteindre les objectifs de santé publique de l’Afrique du Sud, qui incluent une réduction de 10 % de la consommation d’alcool d’ici 2025 et de 20 % d’ici 2030. De plus, les recettes générées par ces taxes devraient être réinvesties dans des programmes de prévention, comme des campagnes médiatiques de sensibilisation. Les exemples de lutte contre le tabagisme montrent que de telles actions contribuent réellement à réduire la consommation de substances nocives et à protéger la santé des populations.
La Rédaction

