L’avenir de l’agriculture sahélienne dépendra autant de la qualité des semences que de la santé des sols. Face à leur dégradation continue, aggravée par les effets du changement climatique, les experts plaident pour une transformation des pratiques agricoles afin de restaurer durablement la fertilité des terres. L’enjeu dépasse les seuls rendements : il touche à la sécurité alimentaire, aux revenus des exploitations familiales et à la résilience des territoires ruraux.
Des sols de plus en plus fragilisés
Dans de nombreuses régions du Sahel, les terres agricoles s’appauvrissent progressivement sous l’effet de l’érosion, de la diminution de la matière organique et de l’épuisement des éléments nutritifs indispensables aux cultures. À cette dégradation s’ajoutent des précipitations de plus en plus irrégulières, des épisodes de sécheresse plus fréquents et une pression croissante sur les ressources naturelles.
Cette combinaison réduit les rendements des exploitations familiales, qui constituent pourtant le socle de la production agricole dans la région. Pour les spécialistes, restaurer la fertilité des sols est devenu une condition essentielle pour préserver durablement la production alimentaire.
Une agriculture pensée comme un système
Réunis dans le cadre du programme Soil Values de l’International Fertilizer Development Center (IFDC), plusieurs chercheurs ont souligné l’importance d’une gestion intégrée de la fertilité des sols. Cette approche associe l’utilisation raisonnée des engrais minéraux, les apports de matières organiques, l’introduction de légumineuses, les techniques de conservation des eaux et des sols ainsi qu’une meilleure articulation entre agriculture et élevage.
Plutôt que de considérer ces pratiques de manière isolée, les experts recommandent de les intégrer dans un système capable de restaurer progressivement les cycles naturels de fertilité.
L’élevage, un allié de la fertilité des terres
L’un des principaux leviers identifiés repose sur une meilleure complémentarité entre cultures et élevage. Les résidus de récolte peuvent servir à nourrir le bétail, tandis que le fumier produit par les animaux enrichit les sols en matière organique et en éléments nutritifs.
Pour Augustine Ayantunde, chercheur et agro-zootechnicien, les nutriments présents dans les exploitations doivent être considérés comme des ressources à valoriser plutôt que comme des pertes. Une alimentation animale mieux adaptée, reposant notamment sur la valorisation des résidus agricoles et de certains sous-produits agro-industriels, permettrait d’améliorer simultanément la productivité du bétail et la disponibilité de fumure organique.
Cette dynamique suppose toutefois un meilleur accès aux marchés, ainsi qu’un renforcement des échanges entre agriculteurs, éleveurs et acteurs économiques locaux.
Associer performance agricole et rentabilité
Les spécialistes rappellent également que les meilleures performances sont généralement obtenues en combinant engrais minéraux et amendements organiques. Les essais conduits dans plusieurs contextes sahéliens montrent que cette complémentarité améliore davantage les rendements que l’utilisation d’un seul type d’intrant.
Pour autant, cette stratégie ne peut être évaluée uniquement à travers les volumes récoltés. Huib Hengsdijk, chercheur principal à Wageningen Plant Research, estime que la rentabilité économique demeure un critère déterminant. Une hausse de la production n’entraîne pas nécessairement une augmentation des revenus si le coût des intrants reste trop élevé pour les exploitants.
Construire une agriculture plus résiliente
Les experts soulignent enfin que les résultats obtenus varient fortement selon les conditions climatiques, la disponibilité de l’eau et les caractéristiques des sols. Dans un contexte marqué par une variabilité climatique croissante, les politiques agricoles devront intégrer davantage ces facteurs afin d’adapter les pratiques aux réalités locales.
Au Sahel, la restauration des sols apparaît ainsi comme bien plus qu’une question agronomique. Elle constitue l’un des fondements d’une agriculture capable de nourrir des populations en croissance tout en faisant face aux défis du changement climatique et de la préservation des ressources naturelles.
La Rédaction

