Moscou poursuit son offensive diplomatique sur le continent africain. En recevant à Moscou la ministre bissau-guinéenne des Affaires étrangères, Fatumata Jau, le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a affiché la volonté des deux pays d’approfondir leur coopération. Au-delà des secteurs économiques, cette rencontre s’inscrit dans une stratégie plus large de repositionnement géopolitique de la Russie en Afrique de l’Ouest.
Une coopération appelée à se diversifier
La Russie et la Guinée-Bissau souhaitent donner une nouvelle dimension à leurs relations bilatérales. Lors des entretiens tenus à Moscou, les deux délégations ont mis en avant plusieurs domaines de coopération considérés comme prioritaires.
À l’issue de la rencontre, la ministre des Affaires étrangères de Guinée-Bissau, Fatumata Jau, a expliqué que cette visite s’inscrivait dans une volonté « d’approfondir et de diversifier le partenariat avec la Fédération de Russie ».
L’agriculture, la sécurité alimentaire, la pêche, l’économie bleue et l’enseignement supérieur figurent parmi les principaux secteurs identifiés. Pour Bissau, ces domaines correspondent aux priorités d’un pays dont l’économie demeure largement dépendante des ressources agricoles et maritimes.
Cette diversification traduit également la volonté des autorités bissau-guinéennes de multiplier leurs partenariats internationaux dans un contexte de recomposition des équilibres géopolitiques.
Moscou plaide pour un dialogue renouvelé en Afrique de l’Ouest
Les discussions ont également porté sur la situation politique en Afrique de l’Ouest, où les relations entre la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et plusieurs pays dirigés par des régimes militaires restent particulièrement tendues.
Sergueï Lavrov a indiqué que la Russie soutenait les initiatives destinées à rétablir le dialogue entre l’organisation régionale et les États concernés.
« La Russie a fermement réaffirmé son soutien à tous les efforts visant à normaliser les relations entre la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, d’une part, et la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger et le Burkina Faso, d’autre part », a déclaré le ministre russe.
Il a également estimé que ces pays devaient continuer à participer pleinement aux travaux de l’Union africaine, réaffirmant l’attachement de Moscou à leur intégration dans les mécanismes continentaux.
La stratégie africaine de la Russie se confirme
Au-delà des questions bilatérales, cette rencontre illustre la stratégie plus globale de la Russie visant à renforcer sa présence diplomatique, économique et politique sur le continent africain.
Depuis plusieurs années, Moscou développe ses relations avec un nombre croissant de pays africains en mettant en avant les principes de souveraineté, de non-ingérence et de diversification des partenariats internationaux.
Au cours de la conférence de presse, Sergueï Lavrov a également évoqué les mutations de l’ordre mondial, défendant l’émergence d’un système multipolaire fondé, selon lui, sur le respect intégral de la Charte des Nations unies.
Le chef de la diplomatie russe a dénoncé ce qu’il considère comme une application sélective du droit international par certaines puissances occidentales, réaffirmant que les principes de la Charte de l’ONU devaient être appliqués « dans leur totalité et dans leur interconnexion ».
Un partenariat aux enjeux multiples
Pour la Guinée-Bissau, cette ouverture vers Moscou s’inscrit dans une politique étrangère cherchant à élargir les sources de coopération économique, technique et diplomatique.
Pour la Russie, elle constitue une nouvelle étape dans le renforcement de son réseau d’alliances en Afrique de l’Ouest, une région où la compétition d’influence entre grandes puissances s’intensifie.
Au-delà des annonces, la concrétisation de ces ambitions dépendra désormais de la capacité des deux pays à traduire leurs engagements diplomatiques en projets économiques et techniques durables.
La Rédaction

