Une commission d’enquête indépendante des Nations Unies tire la sonnette d’alarme sur la dégradation extrême de la situation sécuritaire et humanitaire dans l’est de la RDC, marquée par des violences multiples attribuées à l’ensemble des parties au conflit.
GENÈVE — Avant même la finalisation de ses conclusions, la commission d’enquête indépendante des Nations Unies sur les violations des droits humains dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) alerte sur une situation qu’elle qualifie de « gravité exceptionnelle ».
Les enquêteurs, nommés en octobre dernier, indiquent avoir recueilli des témoignages décrivant des violences d’une intensité telle qu’ils ont jugé nécessaire de s’exprimer publiquement en amont de leur rapport final.
Une situation jugée « d’une gravité exceptionnelle »
« Les informations portées à notre attention font état d’une situation d’une gravité exceptionnelle », a déclaré lundi à Genève Arnauld Akodjenou, président de la commission indépendante créée par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU.
Cette mission est chargée d’enquêter sur les violations présumées du droit international dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, épicentres d’un conflit armé prolongé.
Un conflit multidimensionnel aux multiples acteurs
Depuis début janvier 2025, ces deux provinces de l’est congolais sont le théâtre d’une offensive menée par le Mouvement du 23 mars (M23), groupe armé se réclamant de la défense des Tutsis congolais.
Un accord de paix a été signé l’an dernier à Washington entre la RDC et le Rwanda, accusé par l’ONU de soutenir la rébellion, tandis qu’un processus de négociation est en cours à Doha entre le gouvernement congolais et le M23.
Sur le terrain, les affrontements persistent entre :
- le M23, appuyé par des éléments de l’armée rwandaise,
- les forces gouvernementales congolaises,
- les groupes d’autodéfense Wazalendo,
- et les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR).
D’autres groupes armés, notamment les Forces démocratiques alliées (ADF), affiliées à l’organisation État islamique, restent également actifs dans la région.
Le Conseil de sécurité renouvelle les sanctions
Dans un contexte parallèle, le Conseil de sécurité de l’ONU a renouvelé lundi le régime de sanctions visant les groupes armés opérant en RDC, ainsi que le mandat du groupe d’experts chargé de leur suivi, jusqu’au 1er juillet 2027.
Ces sanctions peuvent désormais viser toute personne ou entité entravant l’action de la MONUSCO, la mission de maintien de la paix de l’ONU.
La résolution réaffirme également la demande d’un retrait « immédiat et inconditionnel » des forces rwandaises du territoire congolais, ainsi que la cessation des soutiens extérieurs aux différents groupes armés.
Des violations massives des droits humains documentées
Selon les premières observations de la commission, les récits recueillis évoquent :
- des violences sexuelles liées au conflit, y compris de l’esclavage sexuel,
- des recrutements forcés,
- des homicides illégaux,
- des arrestations arbitraires,
- des attaques contre des écoles et des structures de santé.
Les enfants figurent parmi les principales victimes.
Une enquête encore préliminaire
La commission précise toutefois que ses travaux n’en sont qu’à un stade initial. Elle ne tire pas encore de conclusions définitives sur les responsabilités ni sur l’ampleur exacte des crimes documentés.
« Mais il est clair, pour nous, que la responsabilité commence par l’écoute des victimes et des survivants, la protection de leur dignité et la garantie que leurs expériences ne soient ni ignorées ni effacées », a indiqué Maxine Marcus, l’une des trois commissaires.
Une mission encore limitée par l’insécurité
Depuis sa création, la commission a mené plus de 50 consultations en ligne et une trentaine de réunions en présentiel. Elle s’est rendue à Kinshasa début juin pour rencontrer autorités, victimes et organisations de la société civile.
En revanche, elle n’a pas encore pu accéder à l’est du pays, notamment à Goma, en raison de l’insécurité persistante et de la situation sanitaire.
Une société civile sous pression
La commission décrit une région fragilisée par les déplacements massifs de populations, l’effondrement des services publics et la dégradation des institutions locales.
Elle rapporte également des entraves à l’aide humanitaire, des cas de mauvais traitements en détention et des menaces contre les défenseurs des droits humains et journalistes.
« Aucune victime, aucun témoin, aucun défenseur des droits humains, journaliste ou représentant communautaire ne devrait faire l’objet d’intimidation », a rappelé le commissaire Clément Voule.
Un avertissement avant le rapport final
La commission poursuivra ses investigations selon les standards internationaux de collecte et de préservation des preuves. Son rapport final devra établir les faits et, le cas échéant, identifier les responsabilités.
Mais son message actuel est déjà sans équivoque : la situation exige une réponse internationale renforcée.
« Les souffrances portées à notre attention appellent plus que de la préoccupation », a insisté Arnauld Akodjenou. « Elles exigent une attention soutenue, une enquête rigoureuse et un engagement international déterminé ».
La Rédaction
Source
Commission d’enquête indépendante des Nations Unies / Conseil des droits de l’homme de l’ONU

