Poursuivi pour complicité de trahison, l’avocat ougandais et figure de l’opposition Erias Lukwago est désormais au centre d’une affaire politico-judiciaire explosive. Son interpellation, précédée de sa disparition présumée, suscite de vives inquiétudes sur l’usage des appareils sécuritaires dans le traitement des opposants.
KAMPALA, juin 2026 — La capitale ougandaise est traversée par une nouvelle controverse politique après la comparution d’Erias Lukwago devant une juridiction de Kampala. Avocat de l’opposant historique Kizza Besigye et personnalité politique connue du paysage d’opposition, il est accusé de complicité dans une affaire de trahison.
Les autorités lui reprochent de ne pas avoir alerté sur un présumé projet de complot visant l’État, qui aurait été discuté entre 2021 et 2024 sur le territoire kényan. Les charges retenues exposent l’intéressé à une peine de prison à vie en cas de condamnation.
Une procédure judiciaire à forte charge politique
Au cœur du dossier figure l’accusation selon laquelle Lukwago aurait eu connaissance d’activités jugées subversives sans les signaler aux autorités compétentes. Une interprétation que sa défense rejette fermement.
Son avocat, Medard Sseggona, conteste la logique juridique de l’accusation, estimant qu’elle repose sur une extension contestable du devoir de dénonciation, et souligne le rôle strictement professionnel de son client dans les affaires mentionnées.
Devant le juge, Lukwago a lui-même rejeté toute implication, affirmant qu’il intervenait précisément comme conseil juridique dans les dossiers évoqués, ce qui rendrait incohérente, selon lui, toute accusation de complicité.
Une arrestation entourée de zones d’ombre
L’affaire a pris une tournure encore plus sensible après les déclarations de sa famille, affirmant que l’avocat aurait été enlevé quelques jours avant sa comparution. Selon ces témoignages, des hommes en uniforme auraient fait irruption à son domicile avant de l’emmener vers une destination inconnue.
Quelques heures après sa disparition, des publications attribuées au chef d’état-major des armées, Muhoozi Kainerugaba — également fils du président Yoweri Museveni — ont circulé sur les réseaux sociaux. Elles montraient l’avocat en détention, dans un état visiblement contraint, accompagnées de messages revendiquant son arrestation et évoquant une détention prolongée.
Inquiétudes médicales et procédure de détention
Les conseils de Lukwago affirment que leur client aurait subi des violences lors de sa détention initiale avant d’être transféré à la prison de Luzira. Ils évoquent une dégradation de son état de santé et ont introduit une demande de libération sous caution pour raisons médicales, dont l’examen est prévu le 22 juin.
Cette situation relance les interrogations sur les conditions de détention des figures de l’opposition et sur les interactions entre appareil judiciaire et structures sécuritaires dans le pays.
Une affaire révélatrice des tensions institutionnelles
Au-delà du cas individuel, plusieurs responsables politiques de l’opposition y voient le signe d’un déséquilibre croissant entre institutions civiles et pouvoir sécuritaire. Certains dénoncent une centralisation du pouvoir coercitif autour de l’exécutif et de son environnement militaire.
Dans ce contexte, les organisations de défense des droits humains rappellent des précédents similaires, marqués par des accusations récurrentes d’enlèvements, de détentions extrajudiciaires et de poursuites à dimension politique visant des figures critiques du régime.
La Rédaction

