À Maputo, des centaines de pêcheurs restent à quai, pris en étau entre la hausse brutale des prix de l’énergie et un contexte économique déjà fragile. La crise, directement liée aux perturbations d’approvisionnement provoquées par les tensions au Moyen-Orient, révèle la vulnérabilité des économies côtières africaines face aux chocs énergétiques mondiaux.
MAPUTO, juin 2026 – Sur la côte de Maputo, le spectacle est inhabituel. Des dizaines de petites embarcations restent immobilisées, alignées dans les eaux calmes de l’océan Indien. Habituellement actives dès l’aube, elles sont clouées au sol marin depuis plusieurs jours, incapables de prendre la mer en raison de l’explosion du coût du carburant.
La hausse des prix décidée par les autorités début mai, consécutive aux tensions géopolitiques au Moyen-Orient qui perturbent les circuits d’approvisionnement pétrolier, a eu un effet immédiat sur les communautés de pêcheurs artisanaux. Pour beaucoup, le simple coût d’une sortie en mer est devenu insoutenable.
Une hausse des carburants qui désorganise toute une économie locale
Dans le quartier des Pescadores, au nord de la capitale, la crise est palpable. Les pêcheurs, pour la plupart à la tête de petites unités familiales, n’ont plus les moyens de financer le diesel nécessaire à leurs sorties en haute mer. Or, c’est précisément dans ces zones éloignées que se trouvent les principales ressources halieutiques.
Le choc est d’autant plus violent que les prix ont connu une accélération brutale. L’essence a augmenté de 12 %, tandis que le diesel a bondi de près de 46 %, atteignant des niveaux historiquement élevés pour le pays. Dans un contexte où la majorité de la population active dépend de revenus informels, l’ajustement est immédiat et sans amortisseur.
Sur la plage, les récits se ressemblent. Les équipages rentrent sans prise, après des sorties écourtées faute de carburant. Certains expliquent avoir renoncé à atteindre les zones de pêche les plus productives, situées à plusieurs heures de navigation.
Une crise énergétique importée aux conséquences sociales internes
Pour les acteurs du secteur, la crise dépasse largement la seule question des prix. Elle est perçue comme la traduction locale de déséquilibres internationaux. Les tensions au Moyen-Orient, en perturbant les flux mondiaux de pétrole, se répercutent directement sur les économies les plus dépendantes des importations énergétiques.
Dans les marchés de Maputo, les effets se font déjà sentir. Les volumes de poisson disponibles diminuent, tandis que les prix augmentent. Certaines étals restent vides, d’autres ne proposent que de faibles quantités vendues à des tarifs plus élevés qu’avant la hausse du carburant.
Les pêcheurs et commerçantes interrogés décrivent une chaîne économique entièrement fragilisée, où chaque maillon dépend du précédent. Sans carburant, il n’y a pas de pêche. Sans pêche, il n’y a pas d’approvisionnement. Et sans approvisionnement, les revenus des ménages s’effondrent.
Une population vulnérable face aux chocs externes
Le Mozambique figure parmi les économies les plus exposées aux chocs externes en raison de sa dépendance énergétique et de la forte informalité de son marché du travail. Selon les estimations de la Banque mondiale, une large part de la population vit avec moins de trois dollars par jour, limitant toute capacité d’absorption des hausses de coûts.
Dans ce contexte, les ajustements des prix du carburant ont un effet immédiat sur la mobilité, l’alimentation et les revenus. Des files d’attente se forment dans les stations-service, tandis que certains ménages réduisent leurs déplacements ou se tournent vers des alternatives plus coûteuses en temps et en sécurité.
Pour les économistes, cette crise illustre la faiblesse de la marge de manœuvre budgétaire de l’État face aux chocs externes. Qu’il s’agisse des fluctuations énergétiques mondiales, des catastrophes climatiques ou des tensions sécuritaires dans le nord du pays, la capacité de réponse publique reste limitée.
Une économie locale sous tension permanente
Dans les zones côtières, les conséquences sont immédiates. Les pêcheurs, déjà confrontés à une précarité structurelle, voient leur activité suspendue ou fortement réduite. Certains tentent de contourner la pénurie en achetant de petites quantités de carburant au marché informel, malgré les risques encourus.
Les autorités ont renforcé les contrôles sur le transport de carburant dans des contenants non homologués, invoquant des risques de sécurité. Mais sur le terrain, ces mesures ne compensent pas la raréfaction du produit ni la hausse de son prix.
Pour de nombreux observateurs, la situation actuelle dépasse le simple épisode conjoncturel. Elle met en lumière la dépendance critique des économies côtières africaines aux marchés énergétiques mondiaux, où des décisions prises à des milliers de kilomètres déterminent directement les conditions de vie locales.
Dans les Pescadores de Maputo, l’attente continue. Les bateaux restent à quai, et avec eux, toute une économie informelle suspendue à un carburant devenu inaccessible.
La Rédaction

