Un héritage industriel devenu catastrophe environnementale
La ville de Kabwe, en Zambie, s’impose comme l’un des sites les plus gravement contaminés au monde. Située à environ 150 kilomètres de Lusaka, elle est régulièrement citée par les agences onusiennes et les experts environnementaux comme un foyer majeur de pollution au plomb à l’échelle mondiale.
Cette situation découle de l’exploitation intensive de la mine de Broken Hill, active de 1906 à 1994. Sa fermeture s’est accompagnée de l’abandon de vastes déchets miniers à ciel ouvert, sans véritable opération de dépollution. Sous l’effet du vent et des précipitations, ces résidus continuent aujourd’hui de se disperser dans les sols, les habitations et les zones agricoles, exposant une population estimée à plusieurs centaines de milliers de personnes.
Une crise sanitaire chronique et silencieuse
Les conséquences sanitaires sont particulièrement préoccupantes. Dans les zones proches de l’ancienne mine, la quasi-totalité des enfants testés présentent des niveaux de plomb dans le sang largement supérieurs aux seuils fixés par l’Organisation mondiale de la santé.
Les effets sont lourds et, dans de nombreux cas, irréversibles : atteintes neurologiques, retards cognitifs, troubles du comportement, pertes de mémoire et diminution durable des capacités intellectuelles. Les cas de saturnisme aigu et chronique restent fréquents, faisant de Kabwe l’un des épicentres mondiaux de la contamination infantile au plomb.
Des réponses internationales insuffisantes face à l’ampleur du phénomène
Face à cette situation, plusieurs programmes ont été mis en place sans parvenir à enrayer durablement la contamination.
Le projet ZMERIP (Zambia Mining and Environmental Remediation and Improvement Project), financé par la Banque mondiale, a permis d’améliorer le suivi médical de milliers d’habitants et de renforcer l’accès à l’eau potable dans certaines zones. Des travaux d’aménagement, notamment le pavage de certains espaces publics, ont également contribué à réduire partiellement l’exposition à la poussière toxique.
Cependant, ces interventions ne traitent pas la source du problème. Les gigantesques dépôts de déchets miniers continuent de libérer du plomb dans l’environnement, tandis que les solutions de confinement ou de retraitement à grande échelle restent limitées.
Une bataille judiciaire internationale encore ouverte
Sur le plan juridique, plusieurs actions collectives ont été engagées devant des juridictions internationales, notamment en Afrique du Sud. Elles concernent environ 140 000 plaignants, principalement des femmes et des enfants exposés à la contamination.
Les requérants demandent des indemnisations ainsi qu’un plan global de décontamination. Mais les procédures se heurtent à des contestations juridiques sur la responsabilité des anciens exploitants, certains invoquant la nationalisation de la mine dans les années 1970 pour se dégager de leurs obligations.
Entre promesses politiques et persistance des risques
Les autorités zambiennes ont régulièrement annoncé des plans de réhabilitation et la mise en place de mécanismes de coordination pour assainir Kabwe. Toutefois, les organisations de la société civile dénoncent un écart persistant entre les annonces et leur mise en œuvre effective.
Dans certaines zones, des activités de retraitement des déchets miniers sont encore autorisées, contribuant à raviver la dispersion de particules toxiques au cœur des quartiers habités.
La situation de Kabwe illustre l’un des défis environnementaux les plus complexes du continent africain, où se superposent héritage industriel, crise sanitaire chronique et difficultés structurelles de gouvernance environnementale.
La Rédaction

