Trois jours après le limogeage d’Ousmane Sonko, Bassirou Diomaye Faye confie la Primature à un technocrate de la BCEAO, symbole d’une reprise en main plus économique et présidentielle du pouvoir
Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a nommé ce lundi l’économiste Ahmadou Al Aminou Lô au poste de Premier ministre, ouvrant une nouvelle séquence politique marquée par le recentrage du pouvoir exécutif autour de la présidence et la volonté affichée de reprendre le contrôle de l’agenda des réformes.
Cette nomination intervient seulement trois jours après le limogeage spectaculaire d’Ousmane Sonko, figure centrale du PASTEF et ancien chef du gouvernement, dont l’éviction avait révélé au grand jour les fractures grandissantes au sommet de l’État sénégalais.
Avec Ahmadou Al Aminou Lô, le chef de l’État fait le choix d’un profil radicalement différent : discret, technocratique et fortement identifié aux questions monétaires et de planification stratégique. Ancien Directeur national de la BCEAO pour le Sénégal, il occupait jusqu’ici les fonctions de ministre auprès du président chargé du suivi de l’agenda national « Sénégal 2050 ».
Une nomination qui acte un tournant présidentiel
Au-delà du simple remplacement d’un Premier ministre, cette désignation traduit une évolution plus profonde de l’équilibre du pouvoir à Dakar. Après des semaines de tensions politiques internes, Bassirou Diomaye Faye semble désormais vouloir affirmer une autonomie présidentielle plus nette face à l’influence d’Ousmane Sonko et de l’appareil du PASTEF.
Le choix d’un économiste réputé pour sa maîtrise des dossiers financiers et son absence d’ancrage militant fort apparaît comme un signal adressé à plusieurs niveaux : aux partenaires économiques, aux bailleurs internationaux, mais aussi à une administration appelée à accélérer l’exécution des réformes structurelles.
Le pari de la stabilité économique
Cette nouvelle phase politique intervient dans un contexte où les attentes sociales restent considérables. Inflation, emploi des jeunes, exploitation des ressources gazières et pétrolières, souveraineté économique : le futur gouvernement devra rapidement produire des résultats tangibles.
Ahmadou Al Aminou Lô hérite ainsi d’une mission délicate : maintenir la crédibilité économique du Sénégal tout en stabilisant une majorité politique désormais traversée par des rivalités de leadership.
Car derrière la technicité de cette nomination se dessine une question plus large : celle de la recomposition du pouvoir sénégalais après la rupture progressive entre Bassirou Diomaye Faye et son ancien mentor politique.
La Rédaction

