Orano relance son expansion africaine dans un contexte de recomposition géopolitique des ressources énergétiques
Après la perte de ses actifs stratégiques au Niger à la suite des bouleversements politiques de 2023, le groupe français Orano accélère sa réorganisation sur le continent africain. Le Botswana s’impose désormais comme une nouvelle zone d’ancrage pour la recherche et l’exploitation de l’uranium, dans un contexte mondial où la sécurisation des matières premières nucléaires redevient un enjeu industriel majeur.
Un retour stratégique d’Orano en Afrique australe
La société Orano Botswana, enregistrée en avril, a obtenu des licences d’exploration et engagé des opérations de prospection dans la région du Kalahari, autour de Gantsi, dans le sud-ouest du pays. Ces premières activités combinent analyses géologiques, survols aériens et prélèvements au sol, dans une zone considérée comme l’un des futurs pôles miniers du pays.
Cette implantation intervient après la perte d’accès d’Orano à plusieurs actifs au Niger, évalués à plusieurs centaines de millions de dollars, à la suite de la dégradation des relations entre Niamey et Paris.
Un sous-sol parmi les plus prometteurs du continent
Le Botswana détient des réserves d’uranium encore largement inexploitées, estimées à plus de 800 000 tonnes. Dans un pays historiquement dépendant du diamant, cette ressource représente un levier potentiel de diversification économique et industrielle.
Gaborone cherche ainsi à transformer son modèle extractif en développant une filière locale plus intégrée, capable de générer de la valeur ajoutée sur le territoire national.
Une doctrine minière centrée sur la transformation locale
Les autorités botswanaises imposent une condition clé aux investisseurs étrangers : les matières premières extraites doivent être transformées localement. Cette politique vise à renforcer l’industrialisation du pays, à créer des emplois qualifiés et à éviter une simple logique d’exportation brute.
Lors de récentes prises de position diplomatiques, le président Duma Boko a rappelé que les investissements étrangers dans l’uranium seraient acceptés uniquement s’ils s’inscrivent dans une stratégie de souveraineté minière nationale et de développement industriel local.
Pressions sociales et enjeux de redistribution
Sur le terrain, cette stratégie suscite des attentes fortes, notamment du côté des syndicats du secteur minier. Ceux-ci estiment que les politiques actuelles doivent se traduire concrètement par une meilleure redistribution des richesses et une participation accrue des travailleurs aux bénéfices générés.
Certains responsables syndicaux alertent sur le risque de voir les ressources naturelles profiter principalement aux investisseurs étrangers si les mécanismes de transformation locale restent insuffisamment encadrés.
Une compétition internationale déjà engagée
Le Botswana n’est pas un terrain vierge. Plusieurs entreprises australiennes et canadiennes sont déjà actives dans l’exploration et l’exploitation de l’uranium, certaines disposant de licences de long terme sur des gisements importants.
Dans ce contexte concurrentiel, l’arrivée d’Orano s’inscrit dans une dynamique plus large de repositionnement des acteurs mondiaux de l’énergie nucléaire, confrontés à la volatilité géopolitique des anciens bassins d’approvisionnement.
Une nouvelle carte de l’uranium mondial
Le déplacement progressif des investissements vers l’Afrique australe illustre une recomposition des équilibres énergétiques mondiaux. La perte du Niger, longtemps pilier de l’approvisionnement français en uranium, a accéléré la recherche de nouveaux partenaires stables et structurés.
Le Botswana apparaît ainsi comme un nouvel espace stratégique, à la croisée des intérêts industriels, des ambitions de souveraineté économique et des impératifs de transition énergétique.
La Rédaction

