Le Ghana a mis fin aux négociations avec les États-Unis concernant un programme d’aide sanitaire estimé à 109 millions de dollars sur cinq ans, après le refus d’Accra d’accorder un accès aux données personnelles de ses citoyens, selon une source proche du gouvernement.
Cette décision intervient dans un contexte de recomposition de la politique d’aide américaine, marquée par la réduction du rôle de l’agence USAID et par une approche plus bilatérale et conditionnelle de l’assistance extérieure.
Un accord sanitaire au cœur des tensions
Le projet d’accord, toujours en discussion jusqu’à récemment, devait financer des programmes de santé publique au Ghana, pays d’environ 34 millions d’habitants. Il portait notamment sur la lutte contre le VIH/sida, le paludisme, la tuberculose et d’autres maladies infectieuses.
Mais selon des sources citées dans les négociations, Washington aurait conditionné ce financement à un accès élargi à des données personnelles, une exigence jugée inacceptable par les autorités ghanéennes.
“L’accord est mort”
Une source gouvernementale a indiqué que « l’accord est mort », ajoutant que la délégation américaine aurait durci son approche après le refus d’Accra. L’équipe de négociation ghanéenne, composée de responsables du secteur de la santé, aurait alors mis fin au processus.
Le ministère ghanéen de la Santé n’a pas réagi officiellement aux sollicitations de la presse.
Une nouvelle approche américaine de l’aide
Depuis le démantèlement progressif de l’USAID, les États-Unis ont réorganisé leur stratégie d’aide internationale dans le cadre d’une politique dite « America First », privilégiant des accords bilatéraux plus encadrés.
Selon le département d’État américain, plus de 30 accords de ce type ont déjà été conclus en Afrique pour un montant global estimé à plus de 20 milliards de dollars.
Plusieurs pays ont accepté ces nouveaux cadres, parmi lesquels le Kenya, le Nigeria ou encore le Rwanda, tandis que d’autres, comme le Zimbabwe, ont rejeté des propositions similaires.
Un précédent sensible sur les données personnelles
La question de l’accès aux données a déjà suscité des tensions dans d’autres pays africains. Au Kenya, un accord similaire avait été suspendu par une décision judiciaire peu après sa signature, en raison de préoccupations liées à la protection des données personnelles.
Dans le cas ghanéen, les autorités ont estimé que les conditions proposées pouvaient porter atteinte à la souveraineté numérique et au contrôle national des informations sensibles.
Un contexte diplomatique en apparence apaisé
La décision intervient alors que les relations entre Accra et Washington s’étaient récemment améliorées, notamment après des ajustements commerciaux et migratoires entre les deux pays.
Les États-Unis avaient par ailleurs maintenu un soutien financier important au Ghana, avec plus de 200 millions de dollars versés en 2024 et 2025 pour divers programmes agricoles et sanitaires.
Un équilibre délicat entre aide et souveraineté
Ce refus met en lumière une tension croissante entre besoins de financement et exigences de souveraineté numérique. Dans plusieurs pays africains, la question des données personnelles devient désormais un enjeu central des négociations d’aide internationale.
Pour Accra, il s’agit autant d’un choix budgétaire que d’un signal politique sur les limites acceptables des partenariats extérieurs.
La Rédaction

