Le constat est brutal, presque accusatoire. Dans son rapport annuel 2025, Amnesty International ne se contente pas d’énumérer les violations des droits humains : l’organisation décrit un glissement profond du système international vers ce qu’elle qualifie d’« ordre mondial des carnassiers ». Une formule choc pour désigner, selon elle, un monde où la puissance prend le pas sur le droit, et où les règles communes s’effacent devant les rapports de force.
Un diagnostic global, au-delà des crises isolées
Sur plus de 500 pages, le rapport dresse une cartographie dense des tensions contemporaines. De la guerre à Gaza aux affrontements en Ukraine, des répressions en Asie aux violences persistantes en Afrique, Amnesty International met en évidence une constante : la multiplication des violations graves du droit international sans mécanisme efficace pour les contenir.
L’ONG évoque une « humanité attaquée », pointant des pratiques allant des frappes visant des civils aux détentions arbitraires, en passant par les restrictions croissantes des libertés fondamentales. Mais au-delà des faits, c’est leur accumulation qui alarme : ces dérives ne seraient plus des exceptions, mais les symptômes d’un déséquilibre structurel.
Le multilatéralisme fragilisé
Au cœur de cette analyse se trouve une critique implicite du système international. Créées pour réguler les conflits et garantir un cadre commun, les institutions multilatérales apparaissent, dans ce rapport, affaiblies, contournées, voire ignorées.
Amnesty International souligne que des décisions majeures sont désormais prises en dehors des cadres collectifs, sans véritable concertation internationale. Ce contournement progressif des normes établies alimente un climat d’impunité, où les États les plus puissants imposent leurs agendas sans contrepoids effectif.
La montée d’un ordre fondé sur la puissance
C’est dans ce contexte que l’ONG forge son expression d’« ordre mondial des carnassiers ». Elle désigne un système dans lequel certains États agissent comme des prédateurs géopolitiques, exploitant les failles du droit international pour avancer leurs intérêts stratégiques.
Ce basculement, s’il se confirme, marquerait une rupture avec l’ordre international hérité de l’après-Seconde Guerre mondiale, fondé — au moins en théorie — sur la coopération, la régulation et la primauté du droit.
Une lecture engagée, mais révélatrice
Comme toute organisation de défense des droits humains, Amnesty International propose une lecture normative du monde, centrée sur la protection des libertés fondamentales. Son analyse peut être jugée alarmiste par certains acteurs diplomatiques. Elle n’en reste pas moins révélatrice d’une inquiétude croissante, partagée bien au-delà du cercle militant.
Car derrière les termes employés, une question s’impose : le droit international est-il encore capable de structurer les relations entre États, ou assiste-t-on à son effacement progressif ?
2026, une année charnière
En filigrane, le rapport esquisse une perspective préoccupante. Si les tendances actuelles se poursuivent, le système international pourrait entrer dans une phase de recomposition durable, marquée par la fragmentation et la concurrence des puissances.
Face à ce risque, Amnesty International appelle à une forme de « résistance » : réaffirmer les normes, renforcer les institutions, et restaurer une forme de responsabilité collective.
Reste à savoir si cet appel sera entendu, dans un monde où l’équilibre entre puissance et droit semble, plus que jamais, vaciller.
La Rédaction

