Selon un rapport publié par Human Rights Watch, les autorités chinoises renforcent progressivement leur contrôle sur les communautés catholiques, en particulier celles qui refusent d’intégrer les structures religieuses officielles placées sous supervision de l’État.
Cette dynamique s’inscrit dans la continuité de la politique de « sinisation des religions », portée depuis plus d’une décennie par Xi Jinping, qui vise à aligner les pratiques religieuses sur les normes idéologiques et culturelles du Parti communiste chinois.
Une architecture de contrôle religieux qui s’est consolidée
Le système religieux chinois repose sur une distinction institutionnelle stricte entre les organisations reconnues par l’État et les communautés dites non officielles. Dans le cas du catholicisme, cette organisation s’articule autour de l’Association patriotique des catholiques chinois, qui encadre la nomination du clergé et supervise les activités pastorales.
Selon plusieurs analyses reprises dans le rapport, ce dispositif ne constitue pas une rupture récente, mais l’approfondissement d’un modèle déjà existant, renforcé depuis le début des années 2010.
L’accord de 2018 avec le Vatican : un compromis sous tension
L’accord signé en 2018 entre le Saint-Siège et Pékin sur la nomination des évêques devait constituer une avancée diplomatique majeure après plusieurs décennies de désaccord.
Le principe est celui d’une procédure conjointe : les autorités chinoises proposent des candidats, soumis ensuite à validation pontificale. Mais le texte intégral n’a jamais été rendu public, laissant place à des interprétations divergentes sur sa portée réelle.
Dans les faits, cet accord est désormais au centre des débats, certains observateurs estimant qu’il a facilité une intégration progressive des communautés catholiques non reconnues dans le système officiel.
Une pression accrue sur les communautés non reconnues
Le rapport de Human Rights Watch décrit une intensification des pressions exercées sur les communautés dites clandestines. Celles-ci refuseraient de se placer sous l’autorité des structures religieuses validées par l’État.
Les formes de pression évoquées incluent des mesures administratives, une surveillance renforcée, des restrictions de déplacement et, dans certains cas rapportés, des détentions visant des membres du clergé.
L’un des effets observés serait l’érosion progressive de ces réseaux religieux non officiels, notamment à travers la disparition ou le remplacement de figures ecclésiastiques historiques.
Un encadrement religieux élargi au-delà du catholicisme
La politique de sinisation dépasse largement le cadre catholique. Elle concerne l’ensemble des religions présentes sur le territoire chinois, avec un encadrement accru des contenus religieux, des formations idéologiques obligatoires pour le clergé et un contrôle renforcé des activités des lieux de culte.
Les restrictions touchent également les liens avec l’étranger, ainsi que certaines formes d’éducation religieuse, notamment lorsqu’elles impliquent des mineurs.
Une diplomatie religieuse sous contrainte
Pour le Vatican, cette situation place l’accord de 2018 dans une zone d’équilibre fragile : maintenir un canal de dialogue avec Pékin tout en étant confronté à des critiques sur la situation des communautés non reconnues.
Ce compromis diplomatique, initialement pensé comme un instrument de stabilisation, apparaît aujourd’hui comme un dispositif aux effets ambivalents, pris dans une dynamique plus large de contrôle étatique du religieux.
Un modèle de régulation religieuse en recomposition
Loin d’un phénomène ponctuel, les évolutions décrites par Human Rights Watch s’inscrivent dans une transformation structurelle du rapport entre religion et pouvoir en Chine.
Dans ce modèle, les institutions religieuses ne disparaissent pas, mais sont progressivement intégrées dans un cadre de gouvernance strictement défini par l’État. Le catholicisme devient ainsi un terrain d’ajustement entre contrôle politique, négociation diplomatique et survie des communautés locales.
La Rédaction

