Selon un reportage de terrain réalisé dans la préfecture de Blitta, au village d’Assouma Kondji, les activités d’orpaillage artisanal exposent les populations locales, en particulier les femmes, à une pollution diffuse aux conséquences sanitaires et environnementales durables.
Dans cette localité située dans la région centrale du Togo, l’exploitation artisanale de l’or structure une partie de l’économie locale. Mais elle s’accompagne de pratiques d’extraction rudimentaires qui transforment progressivement l’environnement immédiat : eaux troubles, sols dégradés, poussières minérales et proximité directe entre zones de vie et zones d’exploitation.
Une activité économique devenue facteur d’exposition sanitaire
Sur le site, les femmes occupent une place centrale dans la chaîne d’exploitation. Elles interviennent principalement dans le lavage du minerai, une étape qui nécessite un contact prolongé avec des eaux chargées en résidus miniers et en particules de sol.
Cette exposition quotidienne, combinée à l’absence de traitement des eaux usées, contribue à fragiliser la qualité des ressources hydriques locales. Les rejets issus du lavage sont souvent réutilisés sans filtration, accentuant la contamination progressive des sols et des points d’eau environnants.
Les travaux de concassage et de tamisage, réalisés à proximité immédiate des habitations, génèrent par ailleurs des poussières minérales qui se dispersent dans l’air ambiant et se déposent dans les espaces de vie.
Des conditions de vie étroitement liées aux zones d’extraction
À Assouma Kondji, l’organisation spatiale ne distingue pas clairement les zones résidentielles des zones d’activité minière. Les bassins de lavage, les zones de tri et les espaces de repos cohabitent dans un même périmètre, créant une exposition continue aux polluants.
Cette proximité structurelle entre habitat et extraction amplifie les risques sanitaires, notamment pour les enfants présents sur les sites. Ces derniers évoluent souvent au contact direct de l’eau contaminée ou des sols remaniés.
Des effets sanitaires particulièrement visibles chez les enfants
Les observations locales font état de pathologies récurrentes liées à l’environnement immédiat : infections cutanées, maladies parasitaires et affections liées au contact prolongé avec des eaux stagnantes.
Dans plusieurs cas, des enfants auraient présenté des symptômes compatibles avec des infections intestinales liées à des conditions d’hygiène précaires, nécessitant une prise en charge médicale ponctuelle au niveau communautaire.
Une expertise scientifique engagée sur le terrain
Face à cette situation, une approche scientifique est développée sur place afin de mieux comprendre les liens entre exploitation minière artisanale et santé publique. Des travaux de terrain menés par des spécialistes de la géologie et de l’environnement mettent en évidence la dégradation progressive des ressources hydriques et l’augmentation de la turbidité des eaux souterraines à proximité des sites d’extraction.
Selon ces analyses, l’ouverture de puits peu profonds pour l’extraction artisanale perturbe les nappes phréatiques superficielles, modifiant la qualité de l’eau utilisée par les populations locales.
Des initiatives communautaires pour limiter les risques
En réponse à ces contraintes, des dispositifs locaux d’organisation ont été mis en place par les communautés elles-mêmes. Certaines coopératives féminines ont instauré des systèmes informels de surveillance des enfants, permettant de limiter leur exposition directe aux zones de travail.
Des espaces d’accueil improvisés servent de points de regroupement temporaire pendant les heures d’activité, réduisant les déplacements des enfants dans les zones à risque.
Une sensibilisation axée sur la prévention
Au-delà de l’observation, un travail de sensibilisation est mené afin d’expliquer les mécanismes de pollution et leurs effets sur la santé. L’objectif est d’encourager l’adoption de pratiques plus prudentes dans l’utilisation de l’eau et dans l’organisation des activités minières.
Cette démarche vise également à renforcer la capacité des communautés à identifier les risques et à adapter leurs comportements face à un environnement en mutation.
Une problématique inscrite dans un cadre plus large
Le cas d’Assouma Kondji s’inscrit dans une dynamique plus large observée dans plusieurs zones d’orpaillage artisanal en Afrique de l’Ouest, où la pression sur les ressources naturelles entraîne des déséquilibres environnementaux et sanitaires.
Au Togo, ces activités restent encadrées de manière limitée, ce qui rend difficile la gestion des impacts à long terme sur les écosystèmes et les populations.
La Rédaction

