La Havane accuse Washington de mener une stratégie visant à fragiliser son économie en poussant plusieurs pays à mettre fin à leurs accords de coopération médicale. En parallèle, les conditions d’exercice des médecins cubains à l’étranger alimentent une controverse internationale de plus en plus structurante.
Une accusation frontale contre Washington
Le ministre cubain des Affaires étrangères, Bruno Rodríguez, accuse les États-Unis d’exercer des pressions diplomatiques sur plusieurs pays afin qu’ils résilient leurs accords de coopération médicale avec Cuba. Selon La Havane, cette stratégie s’inscrit dans une logique économique visant à réduire les revenus extérieurs de l’île et à affaiblir son modèle de financement.
Dans une déclaration publiée sur le réseau social X, le chef de la diplomatie cubaine affirme que cette campagne vise à « étrangler l’économie cubaine » en limitant la présence des missions médicales cubaines à l’étranger.
Les brigades médicales, un pilier diplomatique et économique
Depuis plusieurs décennies, Cuba déploie des médecins et personnels de santé dans de nombreux pays dans le cadre d’accords bilatéraux. Ces missions interviennent dans des zones rurales, des contextes de crise ou des systèmes de santé fragiles, où elles jouent un rôle opérationnel important.
En 2025, environ 24 000 professionnels cubains étaient présents dans 56 pays. Pour les autorités cubaines, ces programmes relèvent d’une logique de coopération internationale et de solidarité médicale, tout en constituant une source stratégique de devises étrangères.
Une source majeure de revenus pour La Havane
Selon des données officielles, les missions médicales ont généré près de 4,9 milliards de dollars en 2022, représentant une part essentielle des exportations de services du pays. Cette dimension économique alimente régulièrement les tensions autour du programme, certains observateurs estimant que les revenus captés par l’État contrastent fortement avec les conditions de rémunération des personnels envoyés à l’étranger.
Des accords suspendus dans plusieurs pays partenaires
Plusieurs États, dont le Guatemala, le Honduras, la Jamaïque et le Guyana, ont récemment mis fin à des accords de coopération médicale avec Cuba, parfois en vigueur depuis plus de vingt ans. Ces décisions s’inscrivent dans un contexte de recomposition diplomatique régionale et de pressions politiques croissantes autour de ces programmes.
Accusations de travail forcé et controverse sur les droits humains
La Commission interaméricaine des droits de l’homme (CIDH) a récemment publié un rapport qui remet en cause certaines pratiques associées aux missions médicales cubaines à l’étranger. L’institution y évoque des restrictions de liberté de mouvement, des retenues salariales jugées importantes, ainsi que des situations où des pressions seraient exercées en cas de départ anticipé des programmes. Le texte mentionne également, dans certains cas, la confiscation de documents de voyage.
Ces éléments ont conduit la CIDH à soulever la question de possibles situations relevant du travail forcé, voire de la traite d’êtres humains. Des accusations que les autorités cubaines rejettent fermement, en défendant la légalité, le caractère volontaire et le cadre souverain de ces programmes de coopération médicale.
Deux lectures irréconciliables du même système
Pour La Havane, les brigades médicales constituent un outil de solidarité internationale et un levier diplomatique essentiel, permettant d’assurer une présence médicale dans des zones sous-dotées. Pour ses détracteurs, il s’agit d’un système hybride où l’encadrement contractuel et les mécanismes de transfert de revenus soulèvent des questions éthiques et juridiques.
Entre ces deux lectures, le débat reste profondément polarisé et s’inscrit dans une confrontation durable entre Cuba et les États-Unis, mais aussi dans une réflexion plus large sur la gouvernance mondiale de la santé.
La Rédaction

