Le gouvernement zimbabwéen a mis fin aux négociations d’un accord bilatéral de santé estimé à 367 millions de dollars avec les États-Unis, provoquant une onde de choc dans le secteur sanitaire national. Ce partenariat devait renforcer des secteurs prioritaires tels que la lutte contre le VIH/sida, la tuberculose, le paludisme, la santé maternelle et infantile ainsi que la préparation aux épidémies.
La décision intervient dans un contexte tendu, après des informations selon lesquelles l’administration américaine envisagerait de réduire l’ensemble de son aide humanitaire à plusieurs pays africains, dont le Zimbabwe.
Les organisations VIH redoutent des ruptures de traitement
Les organisations représentant les personnes vivant avec le VIH tirent la sonnette d’alarme. Le Zimbabwe National Network of People Living with HIV (ZNNP+) s’est dit profondément préoccupé par l’arrêt des discussions concernant un mémorandum d’entente sanitaire estimé à environ 350 millions de dollars.
Tout en reconnaissant le droit souverain du Zimbabwe de définir ses partenariats internationaux, le réseau avertit que la fin des négociations pourrait fragiliser des systèmes de soutien qui, depuis des décennies, garantissent l’accès aux traitements antirétroviraux (ARV), au suivi de la charge virale, à la prise en charge des formes avancées du VIH et au traitement des infections opportunistes.
« La régularité, c’est la vie », a rappelé l’organisation, soulignant que toute interruption pourrait entraîner des résistances aux médicaments, une recrudescence des infections opportunistes et une hausse de la mortalité.
Washington amorce le retrait de son assistance
L’ambassadrice des États-Unis au Zimbabwe, Pamela Tremont, a confirmé que Harare s’était retiré des négociations, contraignant Washington à enclencher un processus de réduction progressive de son assistance sanitaire.
« Nous allons désormais engager la tâche difficile et regrettable de mettre fin à notre aide en matière de santé au Zimbabwe », a-t-elle déclaré.
Sur cinq ans, l’accord devait injecter plusieurs centaines de millions de dollars dans les programmes de santé publique du pays.
Les spécialistes appellent à la prudence
Le Zimbabwe College of Public Health Physicians (ZCPHP) a également exprimé ses réserves. Selon l’organisation, bien que le Zimbabwe dispose d’une souveraineté pleine sur ses choix diplomatiques, une part significative de la riposte nationale au VIH reste tributaire de financements extérieurs. Un changement brutal pourrait mettre sous tension le système de santé et perturber la continuité des soins.
Le collège appelle à maintenir le dialogue afin d’assurer une transition maîtrisée et de préserver les acquis sanitaires.
Harare défend sa position
Les autorités zimbabwéennes justifient leur décision par des désaccords sur certaines clauses du projet d’accord. Le secrétaire à l’Information, Nick Mangwana, affirme que le Zimbabwe aurait été invité à partager à long terme des ressources biologiques et des données de santé sans garantie d’accès aux vaccins ou traitements issus de ces recherches.
Selon lui, aucune disposition ne prévoyait un partage réciproque des données épidémiologiques américaines, soulevant des questions d’équité et de souveraineté scientifique.
Un enjeu de santé publique majeur
Le Zimbabwe a enregistré des progrès notables ces dernières années dans la lutte contre le VIH grâce aux partenariats internationaux. La crainte d’une interruption des financements survient alors que le pays continue de dépendre d’appuis extérieurs pour consolider ses programmes de prévention et de traitement.
Les organisations de la société civile réclament désormais une reprise des discussions entre Harare et Washington, ainsi que la mise en place de plans de contingence pour garantir la continuité des soins aux personnes vivant avec le VIH.
Dans un pays où la stabilité sanitaire repose encore en partie sur des financements internationaux, la rupture de cet accord pourrait redessiner l’équilibre fragile entre souveraineté nationale et dépendance aux partenariats extérieurs.
La Rédaction

