Le gouvernement malawite a pris une mesure radicale en interdisant le « double emploi » dans l’ensemble des cliniques, hôpitaux, pharmacies et centres de diagnostic publics. Cette pratique, qui consiste à cumuler un poste dans le secteur public et dans le secteur privé, est pointée du doigt comme une source majeure de corruption et d’inégalités dans l’accès aux soins.
Selon la nouvelle directive, tout professionnel de santé possédant ou co‑possédant un établissement privé doit céder ses parts dans un délai de 30 jours, sous peine de licenciement et de sanctions judiciaires. Cette décision fait suite à des enquêtes révélant que certains patients étaient contraints de payer des frais illégaux pour des services normalement gratuits, ou étaient redirigés vers des cliniques privées détenues par le personnel public.
Le président Peter Mutharika a expliqué que l’interdiction était nécessaire pour mettre fin aux abus persistants liés au double emploi et restaurer la confiance dans le système de santé publique. Le gouvernement souligne que cette mesure permettra d’assurer que les ressources publiques profitent à l’ensemble des citoyens plutôt qu’à des intérêts privés.
Une enquête révèle un système de corruption bien installé
Un reportage d’investigation du journal Nyasa Times a mis au jour un réseau organisé de corruption dans plusieurs hôpitaux publics. Les journalistes ont constaté que des agents de sécurité, secrétaires, infirmiers et médecins permettaient aux patients payant des sommes illégales de passer avant les autres, tandis que les plus vulnérables attendaient des jours pour recevoir des soins. L’accès aux traitements fonctionnait ainsi comme un système fondé sur l’argent, privant de nombreux patients de services essentiels.
Le président Mutharika a dénoncé ces pratiques, affirmant que certains membres du personnel détournaient des patients vers leurs cliniques privées ou revendaient des médicaments issus des hôpitaux publics. La directive vise également à éliminer les retards et absences du personnel public causés par leur engagement dans des soins privés, qui ont créé des lacunes dans des établissements déjà surchargés.
Controverses et risques pour le personnel de santé
La décision suscite un vif débat au sein de la communauté médicale. Selon Maziko Matemba, expert en santé, l’interdiction est « illégale et constitue une atteinte aux droits des travailleurs », car les salaires publics restent insuffisants et le travail privé permet à de nombreux médecins et infirmiers de subvenir à leurs besoins. Certains spécialistes craignent que l’interdiction ne pousse des professionnels à quitter le service public, aggravant les pénuries dans les hôpitaux et alimentant la fuite des cerveaux.
Le risque d’un ralentissement de l’innovation médicale est également pointé : gérer des cliniques privées contribue à améliorer les services et à expérimenter de nouvelles pratiques. La Society of Medical Doctors du Malawi prépare un recours juridique, estimant la mesure trop stricte et susceptible de déstabiliser le système de santé.
Les défenseurs de la mesure saluent une avancée éthique
À l’inverse, des groupes de défense des droits des patients, comme le Malawi Health Equity Network, considèrent l’interdiction comme un pas nécessaire pour protéger les citoyens contre les frais illégaux et les inégalités d’accès aux soins. Certains habitants interrogés saluent la décision, rappelant que des hôpitaux publics manquent régulièrement de médicaments et orientent les patients vers des pharmacies privées détenues par le personnel hospitalier.
Une réforme structurelle encore nécessaire
Les analystes soulignent que le double emploi n’est qu’un aspect d’un problème plus large : faiblesse de la supervision, pénuries chroniques de médicaments et infrastructures sous-financées créent un environnement favorable à la corruption. Ils insistent sur la nécessité de réformes structurelles pour garantir un système de santé public solide et durable.
Si la directive est appliquée correctement, elle pourrait améliorer l’effectif des hôpitaux, limiter les fuites de médicaments et renforcer progressivement la confiance du public. Toutefois, les experts avertissent que si trop de professionnels quittent le secteur public ou le pays, la crise du personnel pourrait s’aggraver et compromettre les objectifs de la réforme.
La Rédaction

